Ce terrible besoin de parole

5 avril 2007

Ce que j’ai envie de partager avec vous aujourd’hui parlera plus aux franciliennes qu’aux autres, je m’en excuse, mais c’est un phénomène propre au métro parisien.
Depuis des années, je suis frappée par les discours des SDF qui montent dans les rames pour faire la manche : ils parlent souvent très longtemps, détaillant longuement leur situation en de nombreux détails, répétant les points les plus importants, parfois pendant plusieurs stations, avant de faire le tour du wagon pour récolter quelques sous.
Comme s’ils avaient bien plus besoin de parler, d’être écoutés et entendus, que d’une aide matérielle.
Parfois un voyageur leur adresse deux ou trois mots, et la conversation s’installe, qui semble bien plus attendue qu’une pièce de monnaie.
Ca me fait dire que les gens crèvent sans doute plus de n’avoir personne à qui parler, que de n’avoir à manger qu’un jour sur deux, limite.
Je pensais que c’était un problème de solitude extrême et de situation très dure, comme dans le cas des SDF, et puis une visite chez l’ostéo m’a fait réaliser qu’on devait tous en être là, à diverses échelles : mon ostéo est un mec très étonnant, qui ne dit quasiment pas un mot. Il dit bonjour, traite, touche tel et tel endroit, puis s’en va à pas feutrés sans même dire au revoir. C’est un homme de toucher, pas de parole. La dernière fois j’ai réalisé en sortant que j’avais été un peu frustrée, j’aurais voulu me raconter. Je ne manque pourtant pas d’attention, ni d’occasions de m’exprimer.
Ne soyez pas choquées par ce curieux parallèle SDF / ostéo : c’est cette histoire de parole qui m’a frappée et a rapproché les deux situations dans mon esprit.
La nourriture première de l’être humain serait-elle l’écoute ?

82 commentaires Laisser un commentaire
Psycho (de comptoir ?)

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82 commentaires

  • #1 Camille456 le 5 avril 2007 à 9 h 00 min

    Une nourriture indispensable en tout cas : SOS Amitié, par exemple, n’existe pas pour rien !

  • #2 Camille456 le 5 avril 2007 à 9 h 01 min

    Preums ! Premier commentaire et preums !
    Chuis fière, là ^^

  • #3 Hélène le 5 avril 2007 à 9 h 12 min

    Hi hi, bravo Camille456, et bienvenue à toi ! ;-)

  • #4 Fyfe le 5 avril 2007 à 9 h 22 min

    La parole et l’écoute sont sans aucun doute indispensable… à une certaine dose !!
    Passé un certain seuil, la parole peut devenir une torture quand elle oublie les silences ;-)
    (c’est mon côté ermite ;-) )

  • #5 Yanjiao le 5 avril 2007 à 9 h 23 min

    Bonjour Hélène,

    c’est amusant, je pensais à ça ces jours ci. Je ne sais pas pourquoi mais en ce moment les gens n’arêtent pas de me parler dans le bus. Et je me suis aperçue que finalement, je pouvais aussi fermer mon livre et leur répondre : même si ce ne sont que des échanges très brefs, et un peu insignifiants (qu’est ce que vous lisez? moi j’ai lu ça ou ça…), à chaque fois, quand je descend à mon arrêt, je suis contente d’avoir pu échanger ces quelques mots. Donc, si même à moi qui n’aie besoin de rien, ça me fait plaisir de parler, j’imagine ce que ça doit être pour ceux qui sont en détresse…

    Bon, bien sûr, les dragueurs à deux balles ne font pas partie de ces exemples :-)

  • #6 missdarjeeling le 5 avril 2007 à 9 h 24 min

    L’Homme, qui travaille dans la formation, constate apparemment le même phénomène, d’après ce qu’il m’en dit.
    Des stagiaires lui racontent leur vie, leurs problèmes etc, sans doute car il a un côté "doux et attentif" (que je suis loin d’avoir, moi : j’ai déocuvert il y a quelques années que beaucoup de personnes me trouvaient un abord froid et distant !)

    Mais au fond, copmment ne pas avoir "l’esprit qui tourne à vide" quand on n’a plus personne à qui parler depuis des mois ?

    Je pens qu’on connaîit un peu le même phénomène dans le domaine du toucher : l’émergence de tous ces spas, c’est pas aussi pour pallier à un manque de chaleur humaine ?

  • #7 wamanda le 5 avril 2007 à 9 h 24 min

    Merci hélène.
    Tu n’es pas une bloggueuse narcissique, ca fait du bien de lire quelqu"un ouvert sur le monde et les autres.
    Il est vital de se sentir entouré pour se sentir exiter. L’ignorance est pire que tout pour les SDF. On doit pouvoir leur sourire, leur tendre la main, ou juste les effleurer, je pense qu’ils attendent ca plus que tout.

  • #8 Christine le 5 avril 2007 à 9 h 27 min

    Ah,oui, tu as raison, Hélène, on a tous besoin d’être écoutés, et c’est sûrement un manque terrible de n’avoir l’attention de personne. Après tout, la parole étant le propre de l’homme, cette singularité fait que nous avons beoin de nous exprimer, et bien sûr, pas dans le vide… Il faut qu’il y ait de l’autre côté quelqu’un qui écoute, et si possible, qui comprenne.
    D’ailleurs les enfants choyés financièrement mais délaissés affectivement font tout (même le pire) pour attirer l’attention de leurs parents, pour qu’on les écoute, qu’on les voie, qu’on leur donne le sentiment d’exister …
    Et puis, si on réfléchit bien, c’est si facile de montrer un peu d’intérêt aux personnes autour de soi, pas qu’à nos proches (et encore, le fait-on toujours bien ?), mais à ceux que l’on croise et qui semblent en demande. Un sourire, un mot gentil, et ça va peut-être illuminer la journée de quelqu’un que tout le monde ignore…
    Bouhhh, je suis vraiment sentencieuse, non ? Mais tu as touché un point sensible chez moi :o)

  • #9 Millie le 5 avril 2007 à 9 h 29 min

    d’ac avec Fyfe, la parole c’est essentiel, mais les silences aussi ;-)

  • #10 Natacha le 5 avril 2007 à 9 h 38 min

    Je suis tombée par hasard sur ce blog… Je cherchais les exemples pour mon analyse linguistique et me voila ici… Les articles sont charmants… Mais ce qui m’a étonné le plus, c’est que les filles partout on les mêmes problèmes, en France et chez moi…
    Quant à SDF qui sont prêts à raconter leurs vies à n’importe qui, chacun veut être écouté et entendu, seulement eux, ils ont moins d’occasion pour cela….

  • #11 Mlle Crapaud le 5 avril 2007 à 9 h 40 min

    Oui,on a besoin d’être écoutés, mais pas seulement, je pense qu’on a besoin de communiquer, d’être sur les mêmes ondes que d’autres personnes, de créer un lien social… Savoir qu’on sera écouté parfois, ça remplace le fait de parler (enfin, chez moi : comme je parle trop parfois j’imagine les conversations avec ma meilleure amie et ça me soulage, ou bien je me dis que Telle ou Tel personne sera là pour moi si ça ne va pas et ça suffit)…
    J’aime beaucoup la manière dont tu as exprimé ce "problème de société", d’une manière simple mais efficace…
    Parler et être écouté c’est peut-être une des rares preuves que l’on existe.

  • #12 lunairia le 5 avril 2007 à 9 h 44 min

    Le besoin d’être reconnu dans le regard de l’autre voilà.
    Il y a des jours où je me sens seule et abandonnée, et hop il suffit que je vois un ou 2 amis, ou que je fasse un travail valorisant, et hop ça repart.

  • #13 Milky le 5 avril 2007 à 9 h 44 min

    C’est drôle, ces temps-ci moi je découvre au contraire le plaisir de ne pas parler ! Dans mon nouveau job il n’y a que des mecs et c’est inédit pour moi, j’ai l’habitude des filles qui piapiatent tout de suite pendant des heures…
    Là on se raconte nos vies mais bien plus lentement, par petites phrases par-ci par-là… c’est reposant ! Et si je n’ai pas trop de peine à faire la conversation, ce type de rapport peu verbal se rapproche davantage de ma vraie nature, finalement…
    (mais comme il faut un équiblibre pour tout, j’ai à côté des copines avec qui je papote à qui mieux-mieux, évidemment…)

  • #14 ze courlis le 5 avril 2007 à 9 h 45 min

    … la nourriture première de l’être humain, c’est l’autre…

    à tel point que certains parfois qui n’ont pas "d’autre" chez les humains, s’en vont les chercher chez nos amis les animaux.
    Et que dire dans un autre domaine, de cette soif de se découvrir, se partager, échanger, que témoigne l’immense ampleur du phénomène blog ?

  • #15 Hélène le 5 avril 2007 à 9 h 46 min

    Natacha sois la bienvenue !

    Ca me frappe vraiment, ce besoin de parole, à croire que la majorité des gens manquent d’écoute ? Bon évidemment il y a aussi les gens naturellement bavards et qui parlent à tort et à travers, c’est encore autre chose (que je ne supporte pas bien, personnellement, et je comprends tout à fait ce que ressens Milky à être entourée d’hommes plus silencieux, c’est vrai que c’est reposant ;-)).

  • #16 Thierry le 5 avril 2007 à 9 h 47 min

    La solitude tue plus assurément que le froid et l’alcool. Je crois que l’on imagine même pas un dixième que ce que doit être le profond isolement des SDF.

  • #17 oliviachanteuse le 5 avril 2007 à 9 h 51 min

    Le manque de communication est de plus en plus effarant dans notre société actuelle.Et je connais aussi parfois cette frustration,l’envie,le besoin de parler sans pouvoir le faire.
    Quelquefois une discussion entamée au supermarché,dans le bus avec un ou une inconnue et on repart avec le sourire.Pourquoi ?car on echange des idées,ou bien on "vide son sac à un ou une inconnue(bien que jen ‘ai pas l’habitude de me raconter au premier venu!).
    Mais voilà,on communique par des moyens super modernes mais on ne prend plus le temps de répondre à un sourire ou à un mot sympa dans la rue ou le bus…et je pense que le problème est identique partout en province ou à Paris.Seulement à Paris il est plus flagrant à cause de la concentration de population (idem dans les grandes métropoles).
    Alors que faire?arrêter de se renfermer sur soi et regarder un peu les autres?lâcher son bouquin (son baladeur mp3) dans le bus ou le métro?Comme le dit Mlle Crapaud,parler et écouter c’est bien une des rares preuves que l’on existe…
    On devrait instaurer la journée du sourire ou du mot échangé avec un inconnu…Peut-être les gens communiqueraient-ils un peu plus entre eux?
    Bon je sais pas si j’ai été très claire mais ton article m’a inspiré un tas de choses en tout cas…

  • #18 fredoel le 5 avril 2007 à 9 h 55 min

    Salut! J’ai une grande expérience des rapports humains , car j’ai été infirmière libérale à la campagne ,puis en ville…Oui les gens ne sont pas que des patients, leurs mots découvrent leurs maux bien souvent ,et vice-versa…Je réalise aussi que les lieux publics sont des espaces d’échanges ,et je ne sais pourquoi ,malgré moi ,souvent ,j’ébauche un début de conversation….Je développerai ce thème plus tard dans un blog…

  • #19 missdarjeeling le 5 avril 2007 à 10 h 05 min

    @ Milky,

    Moi aussi, je ne travaille qu’avec des hommes (cela fait 7 ans maintenant) et j’adore !

    Outre leur gentillesse (les filles sont plus vaches, parfois mais pas toujours) j’apprécie aussi leur franchise et le fait qu’ils ne parlent pas beaucoup. Cinq-dix minutes par ci par là…

    Je crois que cela se rapproche aussi de ma nature profonde !

  • #20 Alex le 5 avril 2007 à 10 h 12 min

    Hello,
    Je débarque un peu… et je vais être HS mais je viens de lire ds ton précédent billet que tu ne travailles plus pour Elle… Est ce indiscret de te demander pourquoi ?
    Félicitations pour ta sélection ds leur dossier en tt cas !

  • #21 Mamzelle Maupin le 5 avril 2007 à 10 h 18 min

    La solitude est un fléau, ton exemple me fait aussi penser à ces personnes agées seules, sans visite qui ne parle à personne et qui attendent leur aide ménagère avec impatience pour pouvoir "voler" quelques minutes d’humanité.

    Je pense aussi que si l’effet blogs se développe c’est parce que ça permet aux gens de communiquer et d’échanger en s’émancipant des problèmes de distances.

  • #22 NiniKatkuta le 5 avril 2007 à 10 h 24 min

    Oui, il parait qu’il n’y a pas pire torture que d’être privé de toute communication… Ca ne m’étonne pas.
    Quand je vivais en Angleterre, et que j’étais en colocation avec des filles… méchantes, tout simplement, qui ne m’adressaient pas la parole (même pas bonjour, non), que j’étais complètement isolée, que je n’avais pas trop d’amis, je sautais sur la moindre occasion (à la fac…) pour parler, de n’importe quoi, mais échanger quelques mots avec qui que ce soit! c’est terrible de passer du temps sans échanger! Je l’ai vécu seulement lors de mes derniers mois passés en Angleterre, et ça m’a vraiment marquée, alors je n’imagine pas ce que vivent ceux à qui l’on refuse de parler systématiquement…

  • #23 Hélène le 5 avril 2007 à 10 h 25 min

    Je crois aussi que les blogs marchent si bien pour cette raison, Mamzelle Maupin.

    Alex en effet, c’est indiscret ;-)

  • #24 Marionnette le 5 avril 2007 à 10 h 29 min

    Hélène, je suis touchée par ton commentaire car, bien que n’ayant pas de problèmes matériels, bien qu’ayant une famille et des amis, j’ai déjà ressenti plusieurs fois cette solitude. Je pense que ce manque et ce besoin de parole peuvent survenir dans la vie de tout le monde, comme le montre ton exemple de l’ostéo.
    D’ailleurs, une des raisons qui me font aller sur les blogs pendant mes heures de travail (comment ça, pas bien ?) mis à part l’intérêt des blogs eux-mêmes et le talent des auteur(e)s, est la médiocrité de l’ambiance de mon entreprise… (rassurez-vous, je viens aussi quand je suis à la maison !)

  • #25 Marionnette le 5 avril 2007 à 10 h 31 min

    NiniKatkuta, ce que tu dis me rappelle des trucs (justement en Angleterre !)

  • #26 le 5 avril 2007 à 10 h 42 min

    D’accord avec Fyfe aussi, les silences aussi sont précieux ! De mon côté je souffre un peu d’être souvent confrontée à des gens qui peuvent parler pendant 45 minutes sans s’arrêter et sans que j’en place une… Sur des sujets qui j’avoue ne me passionnent pas forcément en plus… Je dois avoir une grande oreille au milieu du front, c’est pas possible…

    Quand au sujet du besoin de parole, est-ce qu’au final parler ce n’est pas exister en tant qu’être humain, et appartenir à un groupe ? Quand je dis parler, c’est plutôt "échanger" sur le mode de la conversation (je pense aux malentendants en me corrigeant), en fait. Echanger avec un autre, c’est ce qui nous rend visible aux yeux de l’autre pendant un moment, peut-être.
    Croiser des SDF est si courant dans nos rues, que notre regard glisse peut-être sur eux sans plus vraiment les voir, et que c’est sûrement ça, le pire, l’indifférence des gens qui passent, et cette sensation de ne plus exister ?

  • #27 le 5 avril 2007 à 10 h 45 min

    dans mon prochain commentaire, j’arrête les "peut-être" et j’affirme ce que je pense, non mais

    (ce commentaire était ma minute psy personnelle) ;-)

  • #28 Agathe le 5 avril 2007 à 10 h 49 min

    Hélène je suis d’accord avec toi sur le problème du manque d’écoute,

    encore que la communication ne passe pas exclusivement par la parole.

    Je suis un peu choquée (ben oui) que tu fasses le parallèle SDF- ostéo, symbole même de la santé à 2 vitesses, consult’ à minimum 50 €, alors que les pôv’ n’ont qu’à se gaver d’anti -inflammatoires…

    L’écoute, ça s’apprend, et je ne pense pas que les kinés ou les médecins aient une quelconque formation à l’écoute.
    Et c’est bien dommage.
    C’est un cours que l’on devrait instituer à l’école.

  • #29 WonderNath le 5 avril 2007 à 10 h 56 min

    Trés joli billet. Il est de ceux qui me font réfléchir sur le besoin de l’autre.

    Je me souviens avoir lu une étude portant sur les liens. L’étude avait été réalisée sur les singes, et les résultats s’appliquaient aux humains.
    Il s’agissait de bébés singes à qui l’on avait "donné le choix" entre d’un côté une "maman mécanique", c’est-à-dire une machine ayant la forme d’un singe et qui leur donnait à manger, mais qui ne leur prodiguait aucune sorte d’affection. Et de l’autre côté, une véritable femelle singe, qui n’avait aucun moyen de leur donner à manger mais qui leur donnait de l’affection.
    TOUS les bébés singes se sont précipités vers la source d’affection, sans se soucier du fait qu’ils risquaient de mourir de faim !

    Oui, le besoin d’affection (et d’attention) est vital.

  • #30 Hélène le 5 avril 2007 à 11 h 09 min

    Incroyable cette histoire de singes WonderNath ! Et ça aide aussi à comprendre pourquoi la nourriture est pour beaucoup un subtitut d’amour…

    Agathe il fallait bien que qqn soit choqué, aujourd’hui c’est toi ;-)

    gé je suis morte de rire ;-) Et comme toi je ne supporte absolument pas les gens qui me parlent sans discontinuer pendant un temps fou (j’écoute trop bien, ça me perdra, mais montrer clairment à qqn qu’il m’ennuie et ne pas l’écouter, c’est au-dessus de mes forces, je n’y arrive pas ;-)).

    Marionnette je pense que d’un autre côté, avec justement internet, le mail, les blogs, le protable, on a accès à presque « trop » de comunication, moyennant quoi on ne supporte plus même 10 minutes de solitude (enfin pas moi, je trouve ça hyper reposant), et c’est aussi un problème.

  • #31 lunairia le 5 avril 2007 à 11 h 33 min

    L’été dernier je suis partie randonner seule dans le Massif Central. Si je n’allais pas vers les gens, j’étais sûre de ne parler à personne de la journée , ou de me perdre parfois, ou de manquer d’eau. Les paroles avec des inconnus n’ont jamais été aussi précieuses ! J’avais besoin des autres et pour éviter de tourner en bourrique et pour ma survie personnelle.
    Mais en fait souvent les conversations se nouaient facilement, car les personnes étaient surprises de voir une jeune femme partir seule comme ça, et moi je suis curieuse des autres.

    Rien que d’en parler j’ai envie d’y retourner ! Rien que pour les rencontres insolites.

  • #32 Cécilette le 5 avril 2007 à 11 h 33 min

    Au XIIIe siècle, l’empereur Frédéric voulut faire une expérience pour savoir quelle était la langue « naturelle » de l’être humain. Il installa six bébés dans une pouponnière et ordonna à des nourrices de les alimenter, de les endormir, de les baigner, mais surtout… de ne jamais leur parler. Frédéric II espérait ainsi découvrir quelle serait la langue que ces bébés sans influence extérieure choisiraient naturellement. Il pensait que ce serait le grec ou le latin, seules langues originelles pures à ses yeux. Cependant l’expérience ne donna pas le résultat escompté. Non seulement aucun bébé ne se mit à parler un quelconque langage mais tous les six dépérirent et finirent par mourir. Les bébés (comme les adultes) ont besoin de communication pour survivre. La nourriture et le sommeil ne suffisent pas. La communication est aussi un élément indispensable à la vie.

  • #33 Mouniou le 5 avril 2007 à 11 h 35 min

    Etant des êtres sociaux, nous avons besoin d’échanges : paroles, écoute….(en plus du coté affectif, qui va dailleurs avec l’échange à des degrés divers).

    C’est une banalité de dire cela. Pourtant malgré les tél portables et divers, je ne suis pas sur que l’échange véritable existe beaucoup !

  • #34 pomme le 5 avril 2007 à 11 h 41 min

    Cécilette, l’expérience que tu décris donne froid dans le dos…

    Pour utiliser un poncif : trop de communication tue la communication. Comme le dit Mouniou, ce n’est pas parce que les moyens de communication se multiplient que la communication augmente, au contraire. Je crois qu’au fond on a l’impression de plus communiquer et on s’en contente, alors qu’il s’agit souvent de communication superficielle qui nous laisse sur notre faim… cela dit moi aussi je relie le succès des blogs à ce besoin, car par écrit on arrive à faire passer de vraies idées, des communautés d’intérêt, des échanges plus que virtuels.

    Pour autant il ne faut pas se couper du reste… c’est vrai que les gens ne se parlent plus, il y a beaucoup de distance, de froideur, de méfiance. Pour en revenir aux SDF, j’ai souvent l’impression, en effet, que c’est plutôt un dialogue qu’ils recherchent. La flamme dans leurs yeux brille beaucoup plus après quelques mots que grâce à une aumône… même s’ils en ont aussi besoin pour vivre, bien sûr.

  • #35 Marionnette le 5 avril 2007 à 11 h 44 min

    Effectivement, Hélène, on est parfois saturé, moi-même je suis au fond très solitaire, j’adore être tranquille chez moi, sans personne pour m’embêter. Mais brusquement, l’overdose de solitude me fond dessus et me laisse toute désemparée…

  • #36 maria le 5 avril 2007 à 11 h 49 min

    Bonjour Hélène!
    Pour moi la vrai écoute …c’est le respect de la personne

  • #37 Hélène le 5 avril 2007 à 11 h 58 min

    Cécilette je trouve hyper intéressante l’expérience que tu décris ! C’est dingue, les six sont morts ? Ca montre vraiment qu’on ne peut pas vivre sans cette communication, c’est incroyable je trouve, une telle force pour quelque chose qui ne semble pas vital à la base (pas comme de manger ou dormir, par exemple).

    maria bienvenue à toi !

  • #38 teatree le 5 avril 2007 à 12 h 13 min

    ah, oui, l’histoire des bébés, je l’avais déjà entendu: même si on s’en occupe, sans communication, le bébé dépérit jusqu’à en mourrir. c’est fou.
    mais en fait, parler, écouter, dans les relations humaines, ce sont très souvent diverses manières de vivre l’amour, l’amitié, le respect. et sans tout ça, la vie est où??
    c’est donc vital…

  • #39 Mellow le 5 avril 2007 à 12 h 18 min

    "Pour connaître la valeur de la générosité, il faut avoir souffert de la froide indiffèrence des autres" (Eugène Cloutier)…

    Si seulement, la générosité pouvait commencer par la communication, l’échange, le droit à l’écoute…..
    Pour s’élever, nous avons tous besoin des uns et des autres…
    Cécilette explique très bien l’importance de partager….

  • #40 Angely le 5 avril 2007 à 12 h 24 min

    je te comprends les gans ne sont plus tres ouvert et parler un peu de soi fait un bien fou!!

  • #41 Marionnette le 5 avril 2007 à 12 h 33 min

    Cécilette, je vois que tu as lu l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu ;-)

  • #42 Annie le 5 avril 2007 à 12 h 34 min

    Hélène, ton billet d’aujourd’hui m’a émue et interpelée. Il m’a fait prendre conscience de l’importance de l’écoute de l’autre, quel qu’il soit,mari, parent ou inconnu(e) rencontré par hasard. On a besoin d’être écouté mais aussi d’écouter, c’est nécessaire à l’estime de soi. Alors, je ne parle pas des gens isolés pour quelque raison que ce soit, qui crèvent de ne parler à personne et souvent parlent seuls pour au moins entendre leur propre voix. Les persones âgées qui me raconteront leur vie à la caisse du supermarché, je les verrai maintenant d’un autre oeil grâce à toi! Merci.

  • #43 éliiiiiiiise le 5 avril 2007 à 12 h 35 min

    La nourriture première de l’être humain serait l’écoute ?
    Je ne peux qu’acquiescer, moi qui souffre aujourd’hui d’une otite et qui n’entends à moitié rien…
    J’aime beaucoup ce billet en tous les cas !

    Et à bientôt pour l’interview ;P

  • #44 violette le 5 avril 2007 à 12 h 42 min

    Hélène, je suis d’accord avec toi quand tu dis qu’avec tous ces modes de communication, on ne supporte plus la solitude, même 5 minutes.
    Je me rends compte, que quand je suis sensée "glandouiller" chez moi, je n’y arrive plus aussi bien qu’auparavent.
    Je me jette sur mon PC pour "communiquer, bloguer, mailer", ça ne me détend pas, parfois je préfèrerai me faire les ongles ou regarder un film sympa, mais non, inconsciemment, je me dis que la solitude, la vraie, ne m’aura pas ! C’est épuisant !

  • #45 sophie202 le 5 avril 2007 à 13 h 53 min

    Il est très vrai ce billet. "La première des nourriture c’est l’autre" c’est très juste je crois…

    Une des qualité que j’admire le plus chez l’Homme est celle de justement savoir tomber le livre ou le lecteur mp3 quand une personne vient vers lui. Il le fait plus par politesse que par pure générosité mais au moins il le fait, alors que moi je plonge le nez dans mon bouquin.

    Moi qui suis une grande bavarde suis aussi une grande solitaire, et ce que dis Marionette me touche aussi. Au bout d’un certain temps la solitude vous envahi et la peur d’avoir été "oubliée" prend le dessu…

  • #46 le 5 avril 2007 à 14 h 44 min

    je suis atteinte du même mal, Violette ! Je ne sais pas si c’est pour fuir la solitude que je passe autant de temps sur mon PC (parce que franchement, je rêve d’être SEULE chez moi, mais c’est pas encore demain la veille), mais cette sale bête me bouffe la vie et du coup m’empêche de m’ennuyer, de laisser mon esprit divaguer, et finalement fini par flinguer ma créativité.
    En fait, la communication, c’est comme le cholestérol, il exite la bonne et la mauvaise mais c’est toujours risqué à haute dose !

  • #47 Miss P le 5 avril 2007 à 15 h 14 min

    Bonjour à toutes et à tous..

    je n’ai qu’une seule question à poser: qu’est ce qui est le plus difficile? Parler de sois sans mentir ou écouter l’autre pour de vrai????

  • #48 mafalda le 5 avril 2007 à 15 h 30 min

    parler de soi pour de vrai et écouter l’autre sans mentir…

  • #49 Papillon le 5 avril 2007 à 16 h 21 min

    Sur la ligne de métro que je prends, les SDF qui viennent demander des pièces sont totalement ignorés, même par les gens qui leur en donne une. Glups, quand même.
    Dans les discours qu’on entend, à part une pièce, un ticket restaurant ou une cigarette, parfois, la demande porte juste sur un sourire… C’est dire à quel point l’indifférence est violente à subir!
    Pour ce qui est de l’échange et de la multiplication des blogs et des forums, je me demande si ce n’est pas parce que l’écoute "vraie" se perd. Qui n’a jamais commencé à parler d’un sujet important à ses yeux avant de se faire couper la parole en plein vol par un "moi aussi!!!! Oui, oui!! Je vois tout à fait, ça m’est arrivé l’autre jour d’ailleurs…" ou un truc du genre avant même d’avoir fini sa phrase?
    C’est pareil pour le silence. Quand on écoute une conversation entre deux personnes et qu’il y a un silence (de réflexion suite à une question posée par l’un à l’autre, par exemple), c’est très rare que ce silence soit respecté, que l’interlocuteur attende… Les conversations sont menées tambour battant, sans pause. Et même, me semble t’il, les gens parlent de plus en plus vite (ou alors j’hiberne encore?). Comme pour avoir vite vite le temps d’en placer une.
    Quand les choses sont écrites, on a de l’espace pour s’exprimer sans se presser, sans craindre de se faire couper par l’autre ou de l’entendre changer de sujet alors qu’on n’a pas fini. Par écrit, on a le temps de réfléchir à ce qu’on veut exprimer véritablement… Et puis il reste une trace alors on soigne sa communication. Par écrit, les phrases inachevées ou qui n’ont aucun sens ("Ouais mais non"), ça ne rend pas bien. Il y a moins de mots inutiles dans la communication écrite, de ces mots qui polluent souvent la communication orale au point de faire perdre tout son sens à la conversation….

  • #50 Hélène le 5 avril 2007 à 16 h 28 min

    J’aime beaucoup ton commentaire Papillon, et je suis très d’accord sur la difficulté d’avoir en face de soi une écoute de qualité. C’est pour moi un critère absolu, je ne pourrai jamais être amie avec qqn qui écoute mal.

    En revanche pour le fait de demander un sourire, je suis contre, et je n’y réponds pas. On ne demande pas un sourire, ça s’offre spontanément.

  • #51 Agathe le 5 avril 2007 à 16 h 48 min

    Papillon je suis d’accord avec toi, une bonne écoute est rare, les silences font peur alors qu’ils sont " parlants".
    Dire que les SDF ont besoin de dialogue, c’est se projeter à leur place, après tout on n’en sait rien du tout.
    Personne ne peut savoir à notre place de quoi nous avons besoin ou envie.
    D’où l’importance de la qualité de l’écoute.
    Pour ce qui est de l’écrit, j’ai du mal, car effectivement les mots sont choisis, mais il n’y a pas de dialogue. Même au téléphone je parviens à savoir à la tonalité de la voix, aux silences, l’état d’esprit de mon interlocuteur.
    Pour moi rien ne vaut le dialogue sans interface, où je peux voir à l’attitude, aux mimiques , aux réactions non verbales de l’autre si j’écoute bien ou si j’interprète.
    Franchement ceux qui savent à ma place, ça me saoule.
    Apprenons à écouter et non à interpréter !!!

  • #52 Agathe le 5 avril 2007 à 16 h 57 min

    Hélène, le terme "choquée" (pour le parallèle ostéo/SDF) était peut-être un peu fort, néanmoins je suis touchée que tu aies pris la peine d’y répondre dans ton article.
    Toi tu sais écouter ;))

  • #53 Hélène le 5 avril 2007 à 17 h 06 min

    J’avais prévu des réactions comme la tienne et c’était dans mon billet dès le départ Agathe, je n’ai rien changé ;-)

  • #54 Agathe le 5 avril 2007 à 17 h 12 min

    Oh j’ai super honte !
    Excuse moi, je n’avais donc pas bien lu ton billet. Vraiment je te présente mes excuses.
    Et je t’offre mon plus beau sourire ( j’ai fait un blanchiment, attention à l’éblouissement !!!).

  • #55 Christian le 5 avril 2007 à 17 h 13 min

    Mon osteo parle, mais je ne comprends pas bien ce qu’il dit ! Surprenant non ! pour un spécialiste de l’articulation !

  • #56 Christian le 5 avril 2007 à 17 h 15 min

    En parlant de parallèle… Agathe/les dents… c’est choquant aussi. Hi Hi Hi

  • #57 funambuline le 5 avril 2007 à 17 h 35 min

    Sans dire que les sdf (parisiens ou autres, d’ailleurs) n’ont pas forcément de blog pour s’exprimer!!!
    :-)

    (il va sans aucun doute que je ne qualifie pas ton blog de journal intime… )

  • #58 Breizhoudoudou le 5 avril 2007 à 17 h 41 min

    Franciliennes ou pas…!!! ;-)
    La nourriture première de l’être humain c’est l’échange, le lien, la relation donc forcément cela passe par l’écoute. Je ne sais plus quel auteur disait quelque chose de l’humain en terme "d’animal social" ou quelque chose comme ça.
    Ce qu’un SDF ou toute autre personne peut attendre c’est d’être reconnue en tant qu’être humain et non pas en tant que chose (le sujet versus l’objet…), c’est d’être présente. Il n’y a rien de pire que l’indifférence ou la transparence. Parler c’est exister!!
    Ton billet me touche beaucoup Hélène parce que cela me renvoie à mon travail. Souvent on me demande "mais qu’est ce que tu fais? pourquoi tu ne demande pas des aides financières pour "ces gens" (je déteste cette expression) en difficulté?" ma réponse est toujours la même : lorsque l’on va au delà de la demande première (et qui est nécessaire parfois), on découvre tout un monde, des personnes qui malgré leurs difficultés sont riches de beaucoup de choses. Ce que les personnes attendent c’est qu’on les reconnaissent dans QUI elles sont et non pas seulement ce qu’elles sont.
    Alors merci Hélène d’avoir abordé ce sujet et de ta sensibilité à cela. Tout le monde n’a pas cette prise de conscience ou cette attention…

  • #59 funambuline le 5 avril 2007 à 17 h 45 min

    En parlant de besoin de parole… tu t’exprimes même chez Raph maintenant???
    http://www.bonpourtonpoil.ch/?p=...
    :-)

  • #60 Hélène le 5 avril 2007 à 17 h 59 min

    Hi hi, c’est ce qu’on appelle inspirer les autres funambuline ;-)) Cela dit je n’aurais jamais pu écrire ça, d’abord j’aime pas le mohair (ça gratte), et je n’ai jamais eu honte de m’arrêter dans une boutique ;-))

    A part ça je suis contente de te « revoir » ;-)

    Breizhoudoudou ça me fait plaisir que ce billet te parle !

  • #61 lunairia le 5 avril 2007 à 18 h 02 min

    A propos des SDF : certains sont atteints de psychose et il est très difficile d’établir un dialogue. J’ai essayé avec une clocharde qui est souvent en bas de chez moi. Je lui ai offert plusieurs fois un repas chaud ou des amandes/raisins secs, elle était très contente mais n’avait aucune envie de parler d’elle, elle disait tout le temps "merci merci madame" Elle a répondu à quelques questions (son prénom, où elle dormait) mais elle détournait la tête, je la sentais honteuse, alors bon je n’ai pas insisté. Je me suis toujours demandée si elle n’était pas malade, dans son délire psychotique, son regard, un regard enfantin, attendrissant et en même temps absent, me le faisait penser.

  • #62 Mouniou le 5 avril 2007 à 18 h 06 min

    Nous sommes à une grande aire de la communication. Il faut pouvoir communiquer vite, tout le temps, partout.Voir aussi un ministère de la communication.

    (Lorsque les gens se rassemblaient aux veillées -oui, il doit y avoir trééééés longtemps – il n’y avait pas besoin de créer un ministère de la communication. C’est lorsque les choses queutent qu’il ait besoin de ministère et autre amusettes – comme la journée de la la femme, autre démarche, mais…)

    Paut-être que les SPA sont du même ordre : absence de contacts, de vraie vie…

    Il est connu que sans pouvoir parler un minimum de ses propres intérets, découvertes, on sait de moins en moins le faire. L’esprit perd de sa richesse. (C’est un problème pour les personnes âgées seules, reconnu, cela).

    Pour ma part, un bon échange, qui fait du bien à l’un et à l’autre est fait lorsque l’on peut livrer quelques parts profondes de sa vie, sa vraie vie. (Ce n’est pas sur un tél. portable dans le bus…) Il faut qu’il y ait un contact profond. Oui, un CONTACT !
    Mais pour cela, il faut aussi le temps de se retrouver.
    La première conversation est remplissage (par peur du vide) – c’est aprés, parfois que l’on livre l’un, l’autre, qque chose de soi. Et c’est ça qui est chaleur et vie. (En général on en repart avec le sourir).

  • #63 funambuline le 5 avril 2007 à 18 h 13 min

    Jamais "partie" Hélène, jamais partie.
    :-)

  • #64 Karpalo le 5 avril 2007 à 18 h 36 min

    Je me suis déjà imaginée dans la peau de ces SDF qui mendient ou vendent des journaux aux abords des supérettes. Il doit leur falloir une sacrée dose de courage pour oser lancer leurs quelques paroles ("s’il vous plait Madame, vous n’auriez pas une petite pièce pour manger") qui vont être ignorées avec une indifférence lâche par le destinataire.
    Même lorsque je n’ai rien de matériel à offrir, je décline poliment avec un sourire sans fuir le regard du demandeur, c’est la moindre des choses.

    Un exemple tout bête pour un "non-SDF" qui cherche son chemin dans la rue ou cherche du feu pour allumer une cigarette : les personnes abordées, même par un individu habillé normalement, sont souvent très méfiantes, limite effrayées, exprimant parfois un "non" avant même d’avoir entendu ce que l’autre demande ! Vous n’avez jamais remarqué ?

    Le métro n’est pas particulièrement convivial là où je vis, cependant, ce qui m’a le plus marquée dans le métro parisien, c’est le silence et l’indifférence généralisée. J’ai eu l’impression que quelqu’un pourrait y être égorgé (exemple extrême, bien sûr) sans que personne ne réagisse !
    Les SDF qui osent se lancer dans un discours public dans le métro parisien ne doivent même plus avoir le trac de s’exprimer et de se "livrer" en public tellement ils ont l’impression de monologuer dans le désert, non ?
    En outre, à l’image des spots publicitaires tonitruants et raccoleurs qui ponctuent les plages de musique à la radio, ces personnes tentent d’adapter leur intervention à leur public : face à une audience "sourde", il faut tenter d’attirer l’attention et de trouver le mot juste, d’où les détails relatifs à leur histoire personnelle égrénés dans l’espoir de trouver un écho chez les auditeurs qui ont la tête dans le sable.

    L’être humain est un être de parole, et là où les chiens se reniflent le derrière pour s’identifier, les êtres humains ont besoin de mots ou de mimiques (sourire ou autre) pour se reconnaître. L’indifférence peut être la pire des violences… mais cela ne signifie pas forcément que les SDF ont tous envie de raconter leur vie à tout va : une fois qu’on a plus de "chez-soi", on essaie quand même de se protéger du voyeurisme des autres, et on n’a pas forcément envie de "se mettre à nu" face au premier curieux qui pose des questions.

    Désolée pour la longueur du commentaire…

  • #65 celia le 5 avril 2007 à 18 h 46 min

    je dois avoir une tete gentille et à chaque fois que je prends le bus metro… ou alors que je fais mes courses les gens me parlent

    et ils tombent mal car moi je déteste parler à des inconnus, c’est un peu rude je sais mais leurs vies ne m’interesse pas

    en plus souvent ils ne veulent que parler sans retour, juste une oreille

    mais perso je deteste ça, de toute façon je suis une très mauvaise oreille…et ça me fatigue d’ecouter

    ce que j’aime dans les grande ville c’est l’anonymat, je ne connais pas mes voisins, ma boulangère, mon estheticienne… et je ne veux pas le faire

    je ne pourrai pas vivre dans un village juste pour ça

    bon je vous rassure j’ai quand meme des amis.. lol

  • #66 celia le 5 avril 2007 à 18 h 48 min

    ah si quand meme je sourie souvent aux gens, ça c’est facile pour moi

    et bien sur je suis poli

    bref juste pour dire que je ne suis pas si méchante que ça…

    LOL

  • #67 clo le 5 avril 2007 à 18 h 49 min

    Ah! la communication… vaste sujet parce que tellement primordial.
    Savoir écouter, donner la parole à l’autre n’est pas toujours une chose évidente: cela dépend de notre propre rapport au langage, à la place que nos parents nous ont laissée pour nous exprimer. Donner la parole à l’autre, c’est parfois difficile car il faut réussir à donner de soi, du temps, sans pouvoir se délivrer soi même de ce qu’on aurait envie de dire.
    Je me pose aussi souvent ces questions par rapport à mon travail: pourquoi ai-je voulu donner la parole aux autres, et dans quelles limites doit se situer la mienne?
    Ceci dit, en s’interrogeant tous mutuellement dans ces commentaires, on fait évoluer nos propres repésentations de l’échange, et juste pour ça, merci Hélène.

  • #68 maya le 5 avril 2007 à 20 h 01 min

    La nourriture première de l’être humain, c’est à mon avis la parole. Et oui, on crève de n’avoir personne à qui parler… C’est pour cela que des milliers de blogs voient le jour sans cesse: des mots qui partent dans la blogosphère, avec quelquefois, au bout, quelqu’un… C’est beau comme une émission des Bogdanoff, ce que je viens de dire…

  • #69 sophie (à NYC) le 5 avril 2007 à 20 h 07 min

    c’est vrai ce que dit Camille456 : les n° d’écoute téléphonique n’apportent ni aide financière ni alimentaire ni autre, je ne pense même pas qu’ils puissent se permettre de conseiller vraiment… ils sont là pour écouter, parce que ça fait du bien de parler. quand on a des problèmes pas vraiment graves, ça suffit même parfois à dédramatiser.

    concernant les sdf je pense que tu as tort quand tu dis que les franciliens sont plus concernés : c’est vrai partout, je l’ai vu à Nevers (58, ma ville d’origine, 30 000 âmes) où j’ai discuté une heure avec un sdf qui m’a raconté sa vie, ses bons souvenirs comme les mauvais, comme à NYC où un sdf dans le métro a prétexté ne pas avoir ses lunettes pour que je lui lise un document, ce qui nous a amenés à discuter tout le long du trajet… je me souviens aussi que quand j’étais petite à Dourdan (91), j’emmenais de la soupe au secours catholique plusieurs fois par semaine avec ma mère : je me souviens que les gens ne venaient pas chercher que de la soupe. une écoute, oui, le besoin aussi de se sentir digne d’intérêt, de ne pas être invisible, je pense aussi…

  • #70 Emmanuelle le 5 avril 2007 à 20 h 59 min

    toujours heureuse des échanges courts qui se nouent dans les transports en communs parisiens… quelques mots aimables, et la journée semble ensoleillée, au propre comme au figuré…

  • #71 Catherine_6248 le 6 avril 2007 à 9 h 20 min

    Merci pour ton beau message!!
    A mon avis les SDF doivent se sentir bien ignorer par la société et rejeter.
    Comment trouver un boulot lorsqu’on vit dans la rue et donc ne pouvant pas se doucher? Comment recevoir le RMI si on a pas d’adresse?
    Mais je dois dire que tout être humain a en premier besoin d’un toit et de manger avant de communiquer. Cela a été prouvé par Maslow et sa pyramide. C’est aussi l’instinct de survie.
    Voilà et encore merci…

  • #72 circee le 6 avril 2007 à 10 h 49 min

    Bonjour,

    La communication serait donc la nourriture première de l’être humain….
    Sans aucun doute….c’est beau, c’est joli à dire et à entendre dire…mais concrètement ?
    De la communication, de la chaleur, je ne donne rien au SDF.

    J’en vois pourtant de partout et tous les jours (Je vis à Lyon)…2 ou 3 ont posé leur tente en bas de chez moi, d’autres viennent récupérer leurs quelques euros pour la semaine à venir dans une banque à côté de mon bureau, et puis il y a ce vieil homme au cheveux blanc et à la peau tannée, qui a élu domicile à l’entrée du tunnel de Fourvière, hiver comme été, il survit contre une double porte, fumée d’échappement, pleine chaleur ou grand froid, dormant la plupart du temps, son visage rouge de la même couleur du liquide qu’il ingurgite chaque jour.

    Alors oui, bien sur, je donne ma pièce souvent ,en me disant qu’avec "ça" ils pourront s’acheter leur baguette et leur tranche de jambon.( Naïve enfant n’est ce pas? )
    Mais cette pièce je la donne dans leur main sans jamais m’arrêter avec un sourire pas franc, sans systématiquement les regarder dans les yeux.
    Ce vieil homme aux cheveux blanc, je ne lui ai jamais rien donné..je peux décemment pas lui lancer depuis ma voiture en roulant ?…

    Enfin voila, les problèmes que rencontrent ces personnes sans domicile fixe et sans argent non plus, me renvoient à ce que je n’aimerai jamais devenir, à ce que je ne veux jamais vivre..solitude, saleté,alcoolisme, isolement, zéro projet,dépression, suicide, dépendant des autres pour vivre…Brrrrrrrr
    C’est sans doute pour ça que je ne leur donne pas plus de moi, à l’heure qu’il est je suis occupée à rechercher le "+ beau carrelage" pour la SDB de l’appartement que "j’achète"….
    Je me fais un peu honte, je vous avoue..
    A bientôt
    Circée

  • #73 Odile sans régime le 6 avril 2007 à 11 h 49 min

    J’ai remarqué ça aussi, concernant les SDF du métro parisien … avec des nuances toutefois, car certains semblent parlent beaucoup plus pour apitoyer les gens en espérant ainsi qu’ils lui donneront une pièce de monnaie … (et ça, je ne supporte pas ; pourtant je comprends bien que leur situation soit douloureuse, mais j’en peux plus d’avoir 4 SDF par jour – 2 à l’aller, 2 au retour – qui viennent faire la manche … parfois de façon franchement agressive …).

    J’en ai vu qui venaient parler, mais qui ne demandaient rien, qui parlaient un peu pour eux, un peu pour tout le monde, mais à voix haute. D’autres encore qui allaient parler à quelqu’un en particulier dans le wagon, pour avoir un interlocuteur …

    Je trouve la situation désespérante, mais j’en ai marre de cette sollicitation permanente. Pourtant on ne peut que comprendre le désarroi de ces gens … Alors c’est difficile, pour tout le monde, et à des degrés divers bien sûr …

    En tout cas, le besoin de parler, d’échanger avec les autres, c’est aussi le besoin de se sentir reconnu, d’échapper à l’indifférence qui fait que l’on ne sait même plus si on existe vraiment (il n’y a qu’à voir comme les SDF sont majoritairement ignorés, non qu’on ne les voit pas, mais que majoritairement il y ait un ras-le-bol, une malheureuse mais inévitable banalisation du phénomène, alors on se blinde soi-même, et on leur donne l’impression de ne plus exister, ou de ne plus mériter un regard, ce qui n’est guère mieux).

    Ce besoin de reconnaissance, de partage, il se retrouve à tous les niveaux, comme tu as pu le constater … Et d’ailleurs, ton ostéo … pas sûr qu’il n’en souffre pas d’être si peu expressif (verbalement). J’en connais un bon nombre qui ont beaucoup de mal à aller vers les autres, à s’exprimer, et qui finissent par faire croire (et se convaincre eux-même, parfois) qu’ils sont mieux taciturnes. Parfois, c’est sans doute vrai … mais faut voir si ça les rend tous heureux …

  • #74 Hélène le 6 avril 2007 à 17 h 05 min

    Odile, celia, je me sens très proche de ce que vous dites : je me sens très assaillie et agressée par la présence des autres, notamment dans les transports parisiens, et parler à qui que ce soit est globalement un gros effort pour moi, je n’ai aucun goût pour le contat avec des inconnus, et je ne pense pas qu’obliger les gens à vous écouter ou à vous regarder pemette d’obtenir uen attention de qualité (même si j’ai bien conscience que pour certains il n’y a pas d’autre solution, hélas).

    Je constate à la lecture de tous les commentaires que beaucoup d’entre vous ont cru qu’avec ce billet j’exprimais une empathie très forte pour les SDF dont je parlais, or je voulais surtout mettre l’accent sur leur besoin de parole qui m’avait beaucoup frappée.

  • #75 frederique le 7 avril 2007 à 8 h 42 min

    tout le monde n’est pas prêt à" l’écoute " ;il faut déjà être assez solide ,faire le vide de ces propres problèmes…….par contre échanger quelques paroles avec des inconnus ça c’est plus facile mais malheureusement cette communication entre" humain "se pert ……..
    et puis TON ostéo comme tu dis……tu as aussi envi qu’il t’écoute ??
    ça aussi c’est drôle de voir comme les gens disent ,mon medecin ;mon osteo;mon psychiatre :)!!
    bon c’est un autre sujet ,mais c’est aussi un moyen de se rassurer !

  • #76 Hélène le 7 avril 2007 à 15 h 58 min

    Euh, frederique, je n’ai pas besoin de me rassurer avec un médecin ou dieu sait quoi, je crains que tu ne m’aies pas comprise ;-))

  • #77 frederique le 7 avril 2007 à 19 h 07 min

    si si , j ‘ai bien compris .en fait je me posais une autre question :pourquoi lorsqu’on parle de quelque qui s’occupe de vous on dit souvent " mon " .bon c’est tout……… :)!!

  • #78 Delph le 11 avril 2007 à 10 h 59 min

    Euh ba ptetre mais faut manger aussi dans la vie !

  • #79 manue76 le 19 avril 2007 à 22 h 14 min

    Je suis d’accord avec vous tous. Le fait de ne pas pouvoir parler à quelqu’un comme le cas de nos SDF les enfoncent encore plus dans la solitude, cette dure solitude que de pas avoir de toit et de vivre seul cette douleureuse épreuve …et surtout, leur rappelle que tout le monde se fout de leur sort….., tout le monde les ignore (enfin feind de ne pas les voir) …..la preuve on ne leur adresse pas la parole…. et pourquoi dans le fond, SVP ? Nous reconnaisons pourtant tous avoir besoin de parler c’est à dire besoin de l"autre"….

  • #80 Hélène le 19 avril 2007 à 23 h 07 min

    Je te souhaite la bienvenue, manue76 ;-)

  • #81 Donga le 21 avril 2007 à 12 h 03 min

    Le silence permet de s’accorder avec sois même. La parole permet de s’accorder avec les autres.

  • #82 Hélène le 22 avril 2007 à 13 h 31 min

    Merci Donga pour cette jolie phrase, et bienvenue à toi ;-)

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