Résultats pour la recherche

produits terminés

Lili Oh, la passion du parfum

7 octobre 2006

liliohJe vous ai déjà parlé de Lili Oh et de son blog ; je trouve son univers et le processus d’élaboration des parfums assez fascinants, et je lui ai posé quelques questions sur ce monde d’odeurs et de créativité.

Qui es-tu, Lili Oh ?

Je suis fascinée depuis que je suis toute petite par les parfums et les cosmétiques.
Cette passion n’a jamais cessé de grandir et d’évoluer au fil des années.
Ca m’a amenée à la parfumerie confidentielle et aux essences plus nobles, qui m’ont vraiment ouvert la porte du rêve.

Je n’arrête pas d’aller de découverte en découverte, entraînée par les Grands de cet art, les Lutens ou Gaubin-Daudé, les grands nez des éditions Malle, les créateurs du Maître Parfumeur et Gantier et les sublissimes italiens de Santa Maria di Novella e Profumi di Firenze… mais il en est tellement qu’il serait fastidieux de tous les citer.

Ce sont leurs créations qui m’ont donné le goût des essences pures et des parfums moins faciles que ceux de la grande distribution.

J’aime les parfums qu’il faut apprivoiser lentement, avec patience et passion.

Depuis quand fais-tu des parfums et des savons ? Tu as commencé à quel âge ?
Mes vrais débuts remontent à plusieurs années, je n’ai pas fait le compte. La fabrication de savons et de cosmétiques date d’il y a moins longtemps. Mais c’est un à-côté, ma vraie passion, c’est le parfum.

Est-ce que c’est ton métier (traduction = tu en vis ? ;-))

Hélas non. Je ne désespère pas d’en vivre un jour, mais pour l’instant ce n’est pas le cas.

Est-ce que tu fais attention à l’odeur, au parfum, des gens qui t’entourent ?

Oui sans aucun doute. C’est la première chose que je remarque chez quelqu’un, bien avant ses vêtements, ses traits ou quoi que ce soit. Et dans mon cas le « je ne peux pas le sentir » n’est pas une image.

Y a-t-il des odeurs (en dehors du poisson frit, des décharges publiques, ou ce genre de choses évidentes) que tu ne supportes pas du tout ?

Non, il y a certaines odeurs avec lesquelles j’ai du mal, mais dans ce cas j’essaie de les apprivoiser. Pour l’instant les seules qui me résistent vraiment sont l’YlangYlang et le Chèvrefeuille qui me provoquent des migraines et que j’ai donc du mal à travailler.

Il t’est déjà arrivé de ne pas pouvoir nouer une relation avec quelqu’un à cause de son parfum ou de son odeur personnelle (pas de panique, je ne demande pas de noms ;-)) ?

Non, mais il m’est arrivé de demander à des amis de bien vouloir ne pas utiliser leurs parfums quant ils sont avec moi (en particulier Angel que je ne supporte pas du tout et certains parfums pour hommes comme Azzaro).

Quels produits de beauté utilises-tu ? Tu te sers de tes savons ? Tu t’es fait ton propre parfum ?

J’utilise mes propres produits de bain, savons, palets effervescents, laits de bain, exfoliants et gels douches. J’ai remplacé les shampooings du commerce par une crème de Rhassoul que je me fabrique sur mesure et les après-shampooings par un vinaigre de miel de ma composition.

Les crèmes de soins et le déodorant que j’utilise sont fabriqués par mon amie Candy qui est vraiment douée et talentueuse. C’est d’ailleurs en travaillant avec elle que je pourrai bientôt proposer les crèmes soyeuses pour le corps coordonnées à mes parfums.

J’ai composé plusieurs parfums destinés à mon seul usage (Noces Marocaines et Nuit au Sérail par exemple), mais les demandes pressantes de certaines m’ont décidée à les proposer à tous ;-)

Je garde pour moi mes nouveautés un long moment avant de les offrir, j’ai du mal à les laisser partir vivre leur vie.

Mais c’est une telle joie de savoir que mes compositions sont portées par l’une ou l’autre, qui me les redemande sans cesse, que je ne regrette jamais de les laisser s’envoler.

As-tu déjà fait des parfums sur-mesure pour d’autres que toi-même ?

Oui, plusieurs fois. Croque la Fée par exemple a été composé pour une amie proche qui m’a donné l’autorisation de le proposer à d’autres. D’autres tels que Carnet de Bal ont été composés en pensant à quelqu’un de particulier mais sans qu’il me soient demandés et sans que la personne le sache jamais.

Comment fait-on un parfum sur-mesure ?

Je suis synesthésique donc il faut me parler en odeurs, couleurs et images. C’est comme ça que je crée mes associations et c’est aussi comme ça que je parle le plus souvent.

Une amie pour qui j’ai fait une composition personnelle m’a dit que c’était un peu comme écrire son journal à rebours, les émotions et les sensations dont elle n’avait pas de souvenirs précis jusque là sont remontés en parlant. Toutes nos émotions sont liées aux odeurs, c’est un sens extrêmement important. C’est de cela dont je me sers, il faut que le parfum touche son destinataire sinon c’est inutile.

Ensuite, au fur et à mesure que je cerne les envies de la personne et grâce à ce qu’elle me dit, je lui prépare des tubes d’un millilitre, à commenter. Je corrige selon ce qu’elle en pense. C’est assez long à faire mais très intéressant, j’adore ça !

Le parfum une fois fini n’est pas mis en vente à moins que le destinataire ne l’autorise. Il est à lui entièrement, la formule lui appartient, et il est libre d’en choisir le nom. Je peux bien sûr faire ensuite la gamme entière si la personne en a envie.

C’est une belle aventure, c’est très particulier parce que ça implique de se livrer un peu beaucoup et de parler de soi, mais c’est vraiment quelque chose d’unique.

Quelle est la différence avec les parfums que tu ne crées pour personne en particulier ?

C’est un processus créatif différent, là j’utilise mes propres images, mes propres souvenirs et fantasmes. Seuls mes goûts personnels sont en jeu. Je ne cherche pas à faire quelque chose qui plaira.

Qu’est-ce que tu utilises comme matériel ? Je t’imagine touillant des mixtures dans ta cuisine, je suis loin du compte ? ;-) Et les ingrédients ? Et combien de temps ça prend ?

Pour les savons et produits de bain tu n’es pas loin, ça se passe en effet en cuisine !
Le savon est fabriqué avec des huiles végétales et c’est la soude caustique qu’on y ajoute qui provoque la saponification, avant de disparaître totalement du savon terminé.

J’utilise dans la mesure du possible des huiles et des ingrédients bio. Les colorants sont alimentaires et les fragrances sont de grade cosmétique quand il ne s’agit pas d’Huiles Essentielles. Je n’ajoute aucun conservateur ou autre adjuvant d’origine chimique. Je pense qu’il ne servirait à rien de fabriquer ses propres produits de soin si c’est pour utiliser les mêmes produits « beurk » que ceux du commerce. Je ne peux pas te livrer d’autres indications car les autres composants entrent dans mes secrets de fabrication ;-)

J’obtiens un kilo de savon après environ deux à trois de manipulations. Je les moule, et les mets à sécher trois à quatre semaines pour qu’ils soient utilisables sans fondre comme neige au soleil.

Pour les parfums c’est tout à fait différent. J’ai plein de flacons de toutes sortes, des pipettes… ça ressemble beaucoup plus à un atelier de chimiste qu’à de la cuisine ;-)

J’emploie des Huiles Essentielles et des Absolus bio si tant est qu’ils existent et ceci quel qu’en soit le coût, je ne me résous pas à utiliser des fragrances de synthèse si je sais que le composant naturel existe. Il y a beaucoup de choses qui sont impossibles à obtenir de façon naturelle : entre autres les fragrances de Muguet, de Fraise, de Lilas (et de presque tous les fruits sauf les agrumes).

Les fragrances synthétiques que je peux manier sont celles choisies par les parfumeurs et sont totalement inoffensives. Je n’ajoute aucun solvant d’aucune sorte ni aucun colorant.

Ecris-tu toi-même les textes poétiques de présentation de tes parfums sur ton blog ?

Oui. Ils sont la meilleure manière que j’ai trouvée pour exprimer mon ressenti au moment de la création. Puisque l’internet en odorama n’est pas encore au point, il fallait que je trouve autre chose pour faire pénétrer les lecteurs dans l’univers, l’ambiance du parfum.

Le texte de l’Après-midi d’un Faune est de Mallarmé, c’est le seul que je n’ai pas écrit moi-même, il correspondait tellement à ce que j’avais en tête que je l’ai adopté.

Combien as-tu créé de parfums jusqu’à aujourd’hui ? Ce sont des parfums au sens propre, ou bien des eaux de parfums ?

Le parfum est l’extrait pur qu’on obtient lors de la composition, l’eau de parfum est un dérivé obtenu par dilution, viennent ensuite l’eau de toilette, puis l’eau de cologne, et les eaux légères.

J’ai composé une vingtaine de parfums terminés jusqu’à présent, de nombreux autres sont en travail et d’autres encore à l’état de projet…

Tu dis sur ton blog que tu ne peux prétendre être ce qu’on appelle un « nez », mais si tu te regardes avec objectivité, penses-tu en avoir les caractéristiques ? (tu as vu un peu comme ma phrase est alambiquée, pour te demander si tu es ce que tu dis ne pas être au cas où tu le serais quand même ? ;-)))

Oui, objectivement oui, mais j’ai du mal à me considérer comme telle, la parfumerie étant un domaine où on apprend chaque jour. J’ai tendance à mettre sur un piédestal les grands créateurs que j’admire et que je considère comme des Maîtres, et jamais je ne pourrais me comparer à eux parce qu’ils sont pour moi des modèles impossible à égaler.

Ts ts, rendez-vous dans dix ans, Lili-Oh, et on en reparle ;-) Merci beaucoup !

33 commentaires Laisser un commentaire