Des enfants ? Pas pour moi, merci

24 juillet 2006

enfantsDepuis que j’ai mon blog je pense à ce billet. Je me tâte, j’hésite, je recule. Et puis un jour il faut bien se décider, parce que si peut servir à d’autres ça vaut le coup d’en prendre plein la figure (ce dont je ne doute pas une seconde).

Depuis vingt ans que je dis ne pas vouloir d’enfants, j’ai en effet entendu mille et mille fois les choses les plus consternantes :

« tu en as pourtant été un enfant, toi » (je pense qu’il est difficile d’en douter, cela dit je vois moyen le rapport),

« ne t’inquiète pas, tu changeras d’avis » (je ne m’inquiète pas, et pourquoi devrais-je changer d’avis ?),

« c’est très égoïste comme choix ! « (1. pas plus que ceux qui en font pour se faire plaisir, puis les élèvent n’importe comment quand ils ne leur tapent pas carrément dessus – 2. et quand bien même ? en quoi cela pose-t-il un problème, je n’empêche pas les autres d’en avoir),

« que deviendrait la planète si tout le monde faisait comme toi ? » (que deviendra-t-elle si la surpopulation continue à galoper comme elle le fait ?),

« tu te prives d’une joie magnifique « (peut-être mais comme j’en ai pas envie je me sens pas privée de grand chose, en même temps),

« ça ne te fais pas peur de vieillir toute seule ? » (si mais on ne fait pas des enfants pour vous servir de bâton de vieillesse)

« ça ne te fais jamais envie quand tu vois une femme avec son bébé dans les bras ? » (oulah, non),

« tu n’as pas le désir de laisser une trace sur le monde, de perpétuer ton nom, en quelque sorte » (non, ce type de besoin m’est complètement étranger)

« et ton mec il est d’accord ? « (ben oui sinon on serait pas ensemble)

« et tes parents ça les rend pas tristes ? » (non, et si c’était le cas, il faudrait que j’en fasse pour leur faire plaisir ?)…

Bien sûr que je suis sur la défensive, comment ne pas l’être après des années à devoir se justifier d’un choix intime auprès de gens que vous connaissez à peine ? Mes proches m’ont toujours laissée tranquille, en revanche « dans les dîners », comme on dit, j’en ai entendu, des phrases de ce genre, de la part de parfaites inconnues (les femmes sont les plus mal à l’aise – donc les plus pénibles, les hommes ne se sentent pas concernés au point de vous poser des questions indiscrètes).

Pourquoi un tel interrogatoire ? Si ma voisine est végétarienne, ou homosexuelle, ou préfère le ski au shopping, je lui prends pas la tête. Chacun sa vie.

Mais lorsqu’il s’agit des enfants la plupart des gens se croient autorisés à vous poser des questions que vous n’oseriez même pas poser à votre meilleure amie. Personnellement je n’ai jamais demandé à personne de justifier de son désir d’enfant, mais dans le cas inverse beaucoup semblent trouver ça légitime.

J’ai fini par me dire que peut-être la survie de l’espèce était en jeu, pour que le refus de la maternité provoque une telle angoisse chez celles qui ne l’éprouvaient pas…

10% des femmes ne souhaitent pas avoir d’enfant (chiffre vérifié au cours d’années d’intérêt pour la question, faites-moi confiance).

A ce jour je n’ai rencontré que quatre d’entre elles, âgées de 20 et 55 ans. Je peux vous dire que je leur suis un peu tombée dans les bras, trop contente d’avoir enfin quelqu’un avec qui partager cette lourde singularité.

Pour cette raison je me suis toujours sentie proche de la communauté homosexuelle (sans la connaître, par ailleurs) : je sais ce que c’est d’appartenir à une minorité hors norme.

Il n’est jamais très facile de ne pas être au moule, même si je ne regrette jamais la vie que je me suis choisie. Et pas choisie, aussi, parce que ce genre de conviction très forte n’est pas seulement un choix, c’est une évidence qui s’impose à vous. Une autre vie n’est pas envisageable, tout simplement.

J’aimerais seulement que, en 2006 et en occident, on n’en soit plus à regarder une nullipare (terme technique homologué) avec des yeux comme des soucoupes.

Voilà les filles, vous savez tout ;-)

Si certaines d’entre vous n’ont pas envie de faire rimer féminité avec maternité, j’espère que ce billet vous aidera à vous sentir moins seules dans votre choix (pour peu que vous sentiez seules, ce que je ne vous souhaite évidemment pas).

Et si vous avez ou voulez des enfants, je vous remercie de ne pas me sauter au visage ;-))

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Psycho (de comptoir ?)

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