Relativisme permanent, par Dily

12 janvier 2011

o-toi-lectrice

« Bonjour à tout le monde ! Aujourd’hui je me lance et me permets d’utiliser cet espace pour dévoiler une partie de mon passé qui a tant de mal à sortir.

J’habite en France depuis mes 5 ans avec ma mère, divorcée de mon père depuis mes 3 ans. Ce changement de pays a fait que je n’ai vu mon père qu’à  8 ans. Lorsque l’on se voyait, c’était assez gênant, comme si je me trouvais avec un inconnu puisque je ne le connaissais pas très bien, quelques dizaines de coup de fil par an ne suffisent pas à en apprendre plus sur son géniteur.
Quoi qu’il en soit, étant petite fille j’ai toujours ressenti le besoin d’un contact masculin, contrastant avec la présence de ma mère qui était relativement beaucoup plus présente que mon père. C’est pour cela que j’ai toujours plus apprécié les câlins et les moments de douceur avec mon père plutôt que des conversations sans profondeur sur mes futures études (mon père étant très attaché à l’éducation).

Cela était peut être une erreur. Nos moments de tendresses se transformaient en jeux interdits. Des baisers, des caresses inhabituelles, bref une relation incestueuse. N’ayant connu autre chose, cela me paraissait tout à fait normal, jusqu’à ce qu’avec un peu plus de maturité je comprenne l’ampleur et la gravité de la situation.
Peut être pas avec assez de maturité toutefois, je me sentais fautive de ce qui se passait. Pourquoi ? Finalement c’était lui. Lui qui n’avait pas été présent, lui qui ne respectait pas sa place de père. C’est à ce moment là que j’ai commencé à avoir des problèmes de poids. 10 ans, 1m47, 67 kg et un an en cure d’amaigrissement dans les alpes en ne voyant ma mère qu’une fois tous les deux mois.
Cette séparation avec elle à l’encontre de ma volonté a réellement été très dure.

A mon retour chez moi, un homme avait emménagé. Il se présenta comme l’ami de ma mère. C’était la première fois que j’habitais avec un homme. Au départ tout se passait comme dans un rêve, quand ma mère, médecin, avait des gardes, il jouait avec moi, m’emmenait à la plage, se comportait comme un père.
Puis au fil des mois, sa place a été devant le petit écran, une assiette de chips dans une main et la télécommande dans l’autre. Je ne comprenais pas ce que j’avais bien pu encore faire de travers pour être délaissée. Je me sentais trahie, moi qui lui avait dit que je l’aimais comme un père, plus que mon vrai père, voilà qu’il agissait comme un parâtre me demandant de faire le ménage, la vaisselle, le linge, et la cuisine, pendant que lui se divertissait.
Je me sentais trahie comme s’il avait fait semblant de m’apprécier pour avoir ma mère et une fois réussi m’avait abandonnée.

Aujourd’hui j’ai 18 ans, 1m67 et 84 kg. Des aventures avec des hommes plus âgés, certes séduisants et matures mais qui ne m’apportent rien et qui au contraire alimentent ma problématique avec la gent masculine.
Je sais que ma mère n’est en rien coupable de cette situation, mais je lui en veux d’avoir gardé cette homme à la maison qui depuis des années ne me supporte que lorsque je cuisine pour lui. Elle a 42 ans et je sens qu’elle ne veut pas rester seule, ce que je comprends. Mais le proverbe « mieux vaut être seul que mal accompagné » n’existe pas pour rien. Alors j’essaye de ne pas être égoïste et de supporter moi aussi la situation jusqu’à ce que je prenne mon envol, tout en tentant de cicatriser des blessures et en étant optimiste.
Il y a des enfants torturés, exploités, abandonnés, et finalement mon enfance n’est pas si catastrophique que ça. Je ne suis qu’un individu isolé parmi plus de 6 milliards.

La vie continue !

Signé: Dily »

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30 commentaires

  • #1 Paulinette le 12 janvier 2011 à 9 h 11 min

    J’aime bien ce concept de relativiser. Seulement, c’est triste. Parce que relativiser une telle situation, se disant que des choses plus graves arrivent à d’autres et que finalement, tu n’es pas la plus à plaindre, ne me semble pas vraiment la solution.
    Certes il n’y a pas mort d’homme. Seulement, la souffrance, à ce que j’ai compris, a été bien réelle, tant physiquement que mentalement.
    Tu es allée de déchirure en déchirure : d’abord quitter ton pays pour la France quand tu n’étais qu’une petite fille, ensuite ce père qui revient et qui finalement ne se comporte pas comme un père le devrait envers sa fille, la séparation pour aller en cure et enfin, l’impression d’avoir retrouver un père qui s’avère finalement, n’être qu’un échec pour toi.
    En 18 ans, cela fait quand même beaucoup et le fait que cela ce soit passé durant ton enfance n’arrange rien aux traumatismes que cela peut engendrer.

    Avoir des aventures avec des hommes plus âgés peut-être interprété comme une quête pour reconquérir ou trouver un regard de père qui t’aime. Tu rejoues alors ces scènes incestueuses que tu as connu petite, dans cet espoir fou de retrouver une figure paternelle forte et rassurante. Finalement, tu restes la petite fille de 8 ans que tu étais à l’époque. Et il est évident, comme tu le dis, que ça ne peut pas arranger tes relations et tes problèmes avec les hommes. Tu ne peux que les voir négativement te forçant à revivre toi-même cette période sombre de ta vie.

    Alors relativiser, oui. Mais essayer de se sortir de ce cercle vicieux aussi.

    Tu n’es pas isolée. Bon courage.

  • #2 lola doudou le 12 janvier 2011 à 9 h 37 min

    Dily,
    Les souffrances sont nombreuses sur terre en effet, mais celà n’annihile en rien ta (tes) douleurs. Tu sembles être une personne forte, optimiste, une qualité qui est à mon sens magnifique et solaire. Tu vas de l’avant , »la vie continue » comme tu dis, et tu nous donnes une belle leçon de courage…

    Néanmoins, encore une fois, ta souffrance est légitime et il ne faut pas hésiter à prendre soin de toi, je pense à la consultation par exemple, qui pourrait être utile pour « dénouer » la complexité de tes rapports avec les hommes… Ou autre chose peut-être…

    Prend soin de toi et courage!!

  • #3 isabelle le 12 janvier 2011 à 10 h 07 min

    non, non, ne relativise pas!
    tu dois exprimer tout cela, et la première chose c’est de le faire ici, c’est super!

    quand on est enfant, et la situation avec ton père le montre, on ne se rend pas bien compte des choses, et si les adultes ne fonctionnent pas correctement, on n’ose pas penser que ça vient d’eux, on a toujours tendance à penser confusément qu’on y est pour quelque chose, et ça pèse, parce que c’est dur à mettre en mots
    d’où l’importance d’en mettre maintenant
    ce qui peut aider, c’est comprendre le parcours de chacun, ce qui fait que ce père n’a pas eu l’idée de ce qu’était un père, comment il en est arrivé là
    tout ça pour comprendre que tout cela n’a rien à voir avec ta valeur, rien n’est de ta faute, tu étais juste là, à ce moment, avec un adulte qui ne savait pas trop ce que c’était d’être un père, et tu en as souffert
    et tu avais raison de rechercher de l’affection, tu ne pouvais pas savoir quelles étaient les limites, c’était à l’adulte de les mettre

    ensuite ce ressenti pour le compagnon de ta mère, il doit s’exprimer d’une façon ou d’une autre, ne pas rester dans le non-dit
    cela ne remet pas en cause la relation de ta mère, qui après tout, est peut-être heureuse avec cet homme
    mais ton resssenti, à toi, doit être exprimé
    cette impression de trahison, que tu ressens comme étant dûe au fait qu’il n’avait plus à conquérir ta mère, est peut-être dû à tout autre chose
    peut-être quand il t’a connu tu étais une enfant, et il savait comment être le « père » d’une enfant, et puis quand tu es devenue une adolescente, c’est à dire une femme, il ne savait plus comment se comporter, et c’est très souvent qu’il y a un retrait ainsi, justement pour se protéger de la relation incestueuse
    simplement ce retrait est souvent très mal vécue dans la relation père-fille

    pour abréger un peu…. tu dois exprimer tout cela, comme tu l’as fait ici, à ta mère et son compagnon, ne pas taire sans cesse ta douleur, peut-être il y aura des explications, peut-être un soulagement
    et surtout ensuite te tourner vers ta vie, ton propre monde, ta carrière, ton appartement, tes amours
    tu peux aussi te faire aider par un thérapeute (qui devra t’être recommandé par quelqu’un de confiance) pour mettre des mots sur tout ça, déculpabiliser et reprendre le cours de ta vie

    bon courage, toutes mes pensée t’accompagnent

  • #4 Atchoum29 le 12 janvier 2011 à 10 h 09 min

    Témoignage très poignant, merci de t’être confiée à nous.
    Belle route, la vie est belle…

  • #5 Belldandy le 12 janvier 2011 à 10 h 12 min

    Ton billet est très touchant, j’imagine qu’il t’a fallu pas mal de courage pour écrire tout cela… J’espère que cela t’aura permis, comme on le dit souvent de l’écriture, de te décharger d’un peu de poids.
    En tout cas, ce qui en ressort à mon sens, c’est la grande maturité dont tu fais preuve, tu expose les choses posément et tu sembles ne vouloir juger personne.
    N’aie pas peur, si je peux me permettre, de te montrer égoïste. Il ne s’agit pas d’être égocentrique, de ne penser qu’à soi et de ne pas faire attention aux autres, mais c’est simplement une façon de faire ce qui est bon pour toi, sans crainte de blesser ou décevoir ceux que tu aimes. En se connaissant mieux, la balance se rééquilibre entre « il faut que je leur plaise » et « est-ce qu’ils me conviennent à moi ».
    Je ne sais pas si c’est très clair, mais l’idée c’est que le temps (et une fois n’est pas coutume !) est ton meilleur allié, même après « l’envol » dont tu parlais justement.
    Aie confiance en toi, tu sembles être une personne intelligente et intéressante, alors prends soin de toi pour la suite.

  • #6 Phaesyle le 12 janvier 2011 à 11 h 10 min

    Ton témoignage m’a énormément touché. J’ai l’impression de me lire… Tu as beaucoup de courage d’avoir poster ton témoignage.

    Prends soin de toi.

  • #7 Hélène le 12 janvier 2011 à 11 h 16 min

    isabelle: bienvenue à toi.

  • #8 Fifou le 12 janvier 2011 à 11 h 58 min

    Ton témoignage est touchant,pense que tu as toute ta vie devant toi.
    Bon courage.

  • #9 wazaka le 12 janvier 2011 à 12 h 00 min

    Je suis comme isabelle: NE RELATIVISE PAS !
    La douleur et les différents traumatismes que tu as subi n’ont pas à être comparé à d’autres et relativiser c’est en quelque sorte nier, (surtout ne le prends pas mal), relativiser c’est dire : Bof ça m’est arrivé mais il y a pire et on ne fait rien….on croit que le temps va tout effacer.

    C’est faux le temps pour ce genre de choses ne fait qu’enkyster la douleur qui, un jour reviendra en boomerang..

    Je n’ai qu’un conseil Dily : va voir quelqu’un (un psy..) et mets tout sur la table, vide toi les tripes de ces malheurs et VIS.

  • #10 Toujours le chat sur les g’noux le 12 janvier 2011 à 12 h 11 min

    Tout comme Wazaka. Et bonne route, Dily!

  • #11 Hélène le 12 janvier 2011 à 12 h 25 min

    Pour une fois je suis d’accord avec les psys : relativiser un truc aussi grave, c’est le nier et donc te nier toi-même en gommant ta souffrance, Dily, et ça ne peut pas t’aider à être heureuse dans la vie.

  • #12 Cocochou le 12 janvier 2011 à 12 h 35 min

    Chère Dily,

    il n’y a pas de relativisme en matière de souffrance!!! on pense toujours que ce qui arrive aux autres est plus grave que ce qui nous arrive, mais quand on souffre, on souffre pour une bonne raison et même si on considère que ce n’est pas important, ce n’est jamais rien!!! en l’occurrence ce qui t’es arrivé est grave! Il faut que tu exprimes ce chagrin… que tu sortes de ce schéma pour pouvoir te construire et pour que cela cesse de te ronger voire de te détruire!
    Tu as été courageuse de poster cela, sers toi de cette immense force pour en parler à quelqu’un… nous ne sommes que des inconnu(e)s mais tu as fait le premier pas, faire sortir tout ça, maintenant continue et ose dire que tu as souffert et que tu souffres toujours!
    Bon courage… tu peux relever la tête!!!

  • #13 Hélène le 12 janvier 2011 à 12 h 48 min

    Cocochou: bienvenue à toi.

  • #14 Mlle Narcisse le 12 janvier 2011 à 13 h 41 min

    Ton témoignage est très courageux, et ta réflexion très mature pour ton jeune âge, chère Dily.
    Je plussoie les commentaires qui t’encourage à aller, après ce premier pas ici, consulter quelqu’un.
    Ma maman a été victime, quand elle était jeune fille, des attouchements de son beau-père. A cette époque (le début des années 60), ces actes étaient encore plus tus et tabous qu’aujourd’hui, et le fait que sa propre mère ait choisi de fermer les yeux n’a hélas rien arrangé.
    Elle n’en a jamais parlé à un psychothérapeute, qui, j’en suis convaincue, aurait pu l’aider à avancer dans la vie après cet épisode douloureux, et aujourd’hui, à 63 ans, elle en souffre encore.
    Cela a profondément influencé son comportement, son caractère, l’a fragilisé, et a sûrement eu un rôle dans son alcoolisme.
    Relativiser certains petits bobos de la vie est une chose, mais il faut savoir aussi se faire aider, quand elle vous donne des coups aussi graves.

  • #15 Maïwenn le 12 janvier 2011 à 13 h 53 min

    Bonjour Dily,

    On se construit beaucoup à travers le regards que nos parents posent sur nous. Lorsque ces regards sont bons on acquière la confiance nécessaire pour exister indépendamment d’eux en tant qu’adultes.
    Lorsque ces regards abîment ou sont inexistant il faut de l’aide pour s’autoriser à exister et s’accorder à soi même l’importance à laquelle chaque être humain peut prétendre.

    « Je ne suis qu’un individu isolé parmi 6 milliards »

    Cette phrase qui clôture ton récit exprime à quel point tu ne t’autorise pas à exister, c’est terrible et en même temps c’est plein d’espoir : tu as la vie devant toi Dily !
    Le jour ou tu pourras, où tu oseras tu découvriras tellement de choses merveilleuses en toi et autour de toi …
    Demande de l’aide à une personne dont c’est le métier.
    Le chemin qui t’attend s’appelle la résilience. Ils existent beaucoup d’ouvrages et de récits sur ce sujet qui pourraient t’inspirer (Boris Cyrulnik, Tim Guenard …).

    Courage à toi.

  • #16 Malicia le 12 janvier 2011 à 13 h 55 min

    Dur… Pas facile aussi quand des événements aussi graves formatent un peu nos relations amoureuses. Je le vis par rapport à d’autres choses, et c’est difficile de se détacher d’un « modèle » relationnel dans lequel on a évolué. Bon courage !

  • #17 johanna le 12 janvier 2011 à 15 h 04 min

    Bonjour,
    Devant une telle confession, je n’aurai qu’un conseil : tu n’es pas seule. Il faut aller voir quelqu’un, un professionnel, quelqu’un qui saura légitimer ta souffrance (car moi aussi, je me disais comme toi que franchement je n’avais pas à me plaindre, parce qu’il y avait plus malheureux que moi…), t’aider à la surmonter et à vivre avec.
    En ce qui me concerne, je refusais la thérapie, je me disais que je n’étais ni folle, ni malade et puis j’ai un jour fait part à ma gyneco de mes doutes sur le fait d’aller voir au non quelqu’un, j’en avais assez de ces crises de larmes, de ces soirées que je passai bloquée chez moi, prostrée sur mon canapé, incapable de ne pas manger… Ma gyneco m’a donné des noms, et a tout dédramatisé, cela paraissait pour elle tellement simple. J’ai compris aujourd’hui que je n’étais ni folle ni malade, que ma mère n’avait pas été la mère parfaite que je pensais en laissant faire et en laissant s’installer chez nous un homme qui ne faisait que prendre. Je n’ai pas fini le travail, mais en ce qui me concerne je peux te le dire : je ne regrette rien, ma vie a changé et on pourrait presque dire que je suis heureuse!

  • #18 Hélène le 12 janvier 2011 à 15 h 16 min

    Malicia, johanna: soyez les bienvenues.

  • #19 Volte le 12 janvier 2011 à 15 h 53 min

    Dily,
    J’ai lu ton article ce matin. Il m’a fait froid dans le dos. Il n’y a rien à relativiser, c’est terrible, c’est tout.
    Je ne saurais mieux te conseiller que les autres d’aller voir un psy. Il n’y a pas que les fous qui vont voir les psys, mais aussi les personnes qui vivent avec des personnes déréglées et qui ont besoin de soutien pour affronter le quotidien et enfin se tourner vers l’avenir.
    Je pense que c’est très important pour toi, pour que dans l’avenir tu n’essayes pas involontairement de reproduire ce qui t’est arrivé et que tu puisses trouver le bonheur.
    Je te le souhaite de tout coeur, de te reconstruire, de trouver ce bonheur et la paix dans l’esprit.

  • #20 Lullaby Septante-Sept le 12 janvier 2011 à 15 h 56 min

    Pareil que Volte: et toutes les autres: quand on relativise un truc aussi grave, on court le risque qu’il nous explose à la figure à un moment de notre vie. On se donne l’impression qu’on est passé au-dessus mais le fait que tu n’aies des relations qu’avec des hommes plus âgé pourrait être symptomatique, de même que tes problèmes de poids comme tu le décrivais. Ca veut dire qu’il y a un impact même si tu ne t’en rends pas complètement compte. Je pense aussi que ça serait bien pour toi, dès que tu te sentiras prête, d’en parler avec un professionnel.
    Bon courage.

  • #21 Toujours le chat sur les g’noux le 12 janvier 2011 à 18 h 29 min

    Gros bisou, Dily, j’ai pensé à toi toute la journée, et je te soutiens de tout coeur.

  • #22 Louise d’Ottawa le 12 janvier 2011 à 18 h 36 min

    Salut Dily, je crois aussi, comme les autres lectrices l’ont écrit ici, qu’il serait avisé de consulter un psychologue spécialisé dans les cas d’inceste. Je souhaite qu’un jour tu trouveras la force, s’il est encore vivant, soit de confronter ton père, soit de le poursuivre en justice.
    Ce que tu écris de ta mère et de ton beau-père m’a aussi touché. J’ai 42 ans et j’ai une fille de 20 ans (j’avais 22 ans quand j’ai accouché d’elle. Ta mère avait 24 ans… c’est très-très-trop jeune dans nos sociétés individualistes, y’en a plus de village qui élève d’enfant, la jeune mère est maintenant seule avec son enfant si le père disparaît ou n’est pas à la hauteur). Bref, le père de ma fille et moi avons divorcée lorsqu’elle avait 2 ans. Il est allé vivre à Toronto, à 7 heures de route de sa fille, donc, comme dans ton cas, leur relation se limitait à des conversations téléphoniques et un mois de vacances ensemble durant l’été. Elle m’a dit récemment qu’elle se sentait désespérée chaque fois qu’elle devait partir un mois, elle avait l’impression d’être arrachée de chez-elle. Je ne pouvais pas empêcher son père de voir sa fille, il avait des droits de visites et ses droits parentaux (et il était un bon père). J’ai donc élevé ma fille seule et je n’ai pas admit d’homme dans ma vie pendant 11 ans. Ma fille et moi avions une relation fusionnelle. Un jour, il y a 9 ans, j’ai rencontré un homme formidable, c’était que du bonheur et de l’amour (ce l’est encore). Nous nous entendions tellement bien que nous avons décidé de nous marier. Ma fille avait 11 ans, je n’ai pas compris qu’elle n’était pas prête à partager sa vie avec cet étranger. Si moi j’étais amoureuse, elle, elle ne l’était pas, mais j’ai balayé ce petit détail sous le tapis en espérant qu’avec le temps ils apprendront à se connaître. Comme ils sont formidables tous les deux, ils vont finir pas s’aimer… ERREUR! Alors, entre elle et lui s’est installer une sorte de climat de tolérance forcée, une relation en dent de scie et je suis prise, encore aujourd’hui, entre les deux personnes que j’aime le plus au monde, une véritable torture psychologique. Ils ont des tempéraments diamétralement opposés : Lui est très sérieux, logique, réfléchis, travailleur, intelligent (n’a jamais eu d’enfant, donc ne comprend rien). Elle est artiste, spontanée, impulsive (comme beaucoup de jeune), bohème, aussi très intelligente, alors, bonjour l’incompréhension, les malentendus, les prises de becs, les concours oratoires interminables, etc.
    Ma fille, comme toi, dit comprendre que j’aie besoin de mon mari et comprendre que je l’aime. Mais je vois bien qu’une partie d’elle souffre, une partie d’elle est en colère contre moi parce que je l’ai « remplacé » par lui, parce qu’elle a été « évincée » (au sens figuré) de sa propre maison, parce qu’un étranger est venu lui faire la leçon dans SA maison. C’est le drame des familles recomposées. Qu’aurais-je dû faire? Refuser ce grand amour inattendu? me sacrifier? M’habiller en noir et vivre seule comme une veuve jusqu’à ce que ma fille soit adulte et n’ai plus besoin de moi? Il est trop tard maintenant, j’ai imposé mes choix. J’aurais dû procéder lentement (moi, l’impulsive amoureuse), étape par étape, mais j’ai été ignorante de la psychologie de mon enfant. J’étais assoiffée d’amour, j’avais un besoin d’être protéger, d’avoir un homme avec qui partager mes responsabilités. Mon mari et moi sommes plus forts ensemble, nous nous aimons. Ma fille dit l’aimer aussi, mais… il y a ceci et cela, et encore ceci et cela… Que faire?
    Elle et moi avons récemment commencé une thérapie à ce sujet. La route sera longue, je devrai l’entendre, même si ca fait mal. Je l’aime et je l’aime.

  • #23 PinuPuPuP le 12 janvier 2011 à 19 h 34 min

    Quel témoignage bouleversant ! Tu es très courageuse de t’en être sortie jusqu’ici mais je pense aussi comme les autres que tu devrais te faire aider par un pro. Peut-être aussi qu’il faudrait profiter de tes études pour mettre de la distance avec ta mère et ton beau-père, quand on voit moins souvent les gens on est plus heureux de les retrouver ensuite.

  • #24 Anka le 12 janvier 2011 à 20 h 25 min

    Je te soutiens de tout cœur!

    Et sache que chaque individu est unique et très important dans la vie… Il n’y a pas d’âmes sans valeurs!!!

    Je te conseils de guérir tes blessures et de faire un travail sur toi… Pour pouvoir faire un chemin de vie plus épanouie.

    Bon courage Dily, je pense a toi.

  • #25 Autumn le 12 janvier 2011 à 20 h 30 min

    Le pourcentage des filles abusees sexuellement avant l’age de 6, 8, 10, 12 ans, est tres elevees- et souvent par un membre de la famille/proche. Donc, nul besoin de relataviser- nous sommes, les femmes, tous dans le meme bateau, si quelque chose nous arrive personellement ou non. (et les enfants, aussi).

    Il y a plusieurs problemes; pourquoi les filles sont si vulnerables (ie; non proteger par les hommes/femmes responsables/adults) et pourquoi il n y a pas (plus souvent) de la reconnaissance de ses faits? Et, par la suite,pourquoi il n’y a pas un prise en charge des sequelles- car les sequelles, il y en a toujours.

    Je ne vais pas rentrer dans les pourquoi et comment de l’histoire, la; il y a des masses ;)

    Ce n’est pas etonnant que tu essaies- ou pense que tu dois- « relativiser » car la societe le fait, aussi. C’est le fameux mentalitee « boys will be boys. » Nous sommes souvent ou toujours sur les gardes, les femmes, et c’est- au mieux- tres fatiguant. A l’extreme, ca nuit gravement a la sante physique et mentale.

    Des qu’on apprenne qu’on a « droit » d’etre en colere (et tu as pris le premier pas en posant des questions et en avouant- en « haute voix » que ca t’a (plus que) blessee) ca peut te jouer les tours. Car meme si on decouvre qu’on est justifiee, ca ne change pas son passee, ni son manque, ni la manque de conscience des autres.

    Par contre, ca change son colere; ca le bati en respect pour soi- et ca c’est une tres bonne chose. Mais la colere et la tristesse ne sont pas faciles a gerer. Si il faut passer par la stade de confirmation/respect pour soi par disant « j’etais victime » il faut egalement, par la suite, vouloir plus l’etre pour pouvoir avancee.

    Jusqu’a la, tu etais « gentil fille » pour plaire, et as toute refouler; en comblant le vide avec l’alimentation, peut-etre- qui est aussi une maniere d’eviter ton sexualitee. Tu as besoin de tendresse et d’affection inconditionelle, mais ton pere t’a appris que tu es « sexuelle »- alors tu te caches d’une situation sexuelle en t’enveloppant.

    Tu n’est pas un jouet, ni une bonne-pour-homme. Oublie-ca. Ton pere etait gravement a cote de la plaque, et l’est, toujours. Ton beau-pere n’a jamais etait reelement pret a une responsibilitee de pere, en toute evidence. Et ta mere n’est pas que mere, et ca tombait mal, peut-etre, pour toi, car tu te sen delaissee d’avantage.

    C’est eux, ca- pas toi. Leur comportement n’en est pas la definition de toi.

    Maintenant l’aventure de se construire et se definir toi-meme commence!

    Fies-toi a tes « feelings ». Quand tu te sent bien, defini-le pour toi. Et des que tu ne te sens pas allaise, avoue-le, et essaie de savoir pourquoi, (et eventuellement rectifier la situation.)

    Le plus dur c’est d’etre obliger a « s’occuper de soi » parce qu’on a pas l’habitude de se faire confiance a soi-meme, et parce-que ca evoque, encore, le fait que « personne s’occupe de nous. » Et ca fait egalement resortir la colere car tu est obliger de t’occuper des « fauts des autres »- et c’est toi qui en souffre. Ce n’est pas facile.

    Mais a la longue, c’est nettement plus facile de le faire que de l’eviter; et tu vas prendre gout a ton independence, t’inquiete pas :), et tu sera egalement entourer des gens que veulent ton bien, et t’auras confiance- en eux, et en toi.

    Tu es sur le bon chemin, et bravo-

  • #26 diwa le 12 janvier 2011 à 21 h 30 min

    bonsoir

    témoignage très touchant, j’ai la chaire de poule. je te félicite pour ton courage !!!!

    Je suis d’accord avec les filles, il ne faut pas laisser couler ou relativiser. il faut affronter les choses
    il n’ y a aucune mais aucune raison dans le monde qui justifie le fait de te laisser comme ca dans cette situation.
    La cicatrice est la et le restera pour toujours et on la sent malgré le temps qui passe

    ca reste que notre avis mais prendre celui d’un professionnel sera plus judicieux

    bonne soirée

  • #27 Julie NYC le 13 janvier 2011 à 1 h 03 min

    Un enfant n’est JAMAIS responsable des abus d’un adulte, j’espere de tout coeur que tu le sais. Je te souhaite de te construire en cicatrisant tes blessures sans les enfouir ni les cacher. Bravo et merci pour ton temoignage. La vie est parfois dure et parfois merveilleuse… Je te souhaite le meilleur.

  • #28 Masha le 13 janvier 2011 à 11 h 14 min

    Je suis très admirative de ta façon de rester positive malgré tout. Tu ne te plains pas, mais tu racontes, avec beaucoup de lucidité et on ressent ton envie de t’en sortir… J’espère de tout coeur que tes études te permettront de commencer une nouvelle vie d’adulte, indépendante.

  • #29 Quatrine le 14 janvier 2011 à 16 h 10 min

    Je suis d’accord avec tout ce qui est dit: c’est grave ce qui t’est arrivé, il ne faut pas relativiser, tu as été victime de plusieurs traumatismes, la moindre des choses seraient qu’on les reconnaisse. Positiver, c’est bien, mais dénouer les nœuds dans le fil de ton histoire, remettre tout en place (c’est à dire vivre ta condition de victime et te réparer) te permettra de mieux vivre la suite de ta vie. Pour le moment, on dirait que tu cherches un port où on te laisserait le droit de t’amarrer. Mais même si les autres bateaux (vies) sont moins beaux et moins confortable que le tien, tu as aussi ta place, il faut la prendre. Les psy peuvent vraiment t’aider, n’hésite pas: au moins tu mettras de l’ordre dans tout cela, tu sauras où est la place par rapport aux autres et tu pourras prendre ton envol. C’est quand tu auras trouvé ton équilibre qu’un partenaire bienveillant pourra t’accompagner. Courage! Tu as encore assez de force pour entreprendre une vraie relation avec ta vie.

  • #30 Toujours le chat sur les g’noux le 18 janvier 2011 à 13 h 26 min

    Je continue de penser à toi Dily ;-)

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