{"id":131791,"date":"2010-06-23T08:24:10","date_gmt":"2010-06-23T07:24:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.monblogdefille.com\/blog\/?p=131791"},"modified":"2011-02-27T01:02:18","modified_gmt":"2011-02-27T00:02:18","slug":"le-parfum-par-klochette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.monblogdefille.com\/blog\/le-parfum-par-klochette\/","title":{"rendered":"Le parfum, par Klochette"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-128239\" title=\"o-toi-lectrice\" src=\"http:\/\/www.monblogdefille.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/o-toi-lectrice.jpg\" alt=\"o-toi-lectrice\" width=\"500\" height=\"375\" \/><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un samedi, au mois de juillet.<br \/>\nLe soleil avait pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 faire cuire la ville, qui d\u00e9gageait sur la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi une odeur de sable, et de pneu surchauff\u00e9.<br \/>\nLe ciel commen\u00e7ait enfin \u00e0 s\u2019assombrir, et l\u2019orage des soirs d\u2019\u00e9t\u00e9 s\u2019annon\u00e7ait.<br \/>\nMoi je marchais, \u00e0 l\u2019heure \u00e9touffante, en m\u2019appliquant \u00e0 ne pas penser, ou plut\u00f4t \u00e0 ne penser qu\u2019\u00e0 des choses sans importance.<br \/>\nCette robe \u00e9tait jolie, mais trop claire\u00a0; j\u2019avais une lessive \u00e0 \u00e9tendre\u00a0; et le grand brun crois\u00e9 il y a quelques minutes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la fontaine \u00e9tait tr\u00e8s beau.<br \/>\nLes fins de journ\u00e9e les plus r\u00e9ussies sont celles o\u00f9 l\u2019oisivet\u00e9 tient lieu de loi. Parce que rien n\u2019est pr\u00e9vu, tout devient possible.<br \/>\nUne rencontre, une invitation \u00e0 d\u00eener, l\u2019achat d\u2019un nouveau bouquin\u00a0 juste avant la fermeture de la librairie.\u00a0 Et les premi\u00e8res pages, \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9.<br \/>\nUn coca light, s\u2019il vous plait\u00a0; avec une paille, des gla\u00e7ons, et une rondelle de citron. Sourire du gar\u00e7on, et le temps continue de s\u2019enfuir.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait un jour comme \u00e7a. C\u2019\u00e9tait le Caf\u00e9 de la Place. C\u2019\u00e9tait un coca light, et un recueil de nouvelles, Maupassant, <em>\u00ab\u00a0le verrou et autres contes grivois\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019ambiance a chang\u00e9 d\u2019un coup, au moment o\u00f9 l\u2019odeur d\u2019\u00e9corce d\u2019orange am\u00e8re est venue me tirer des lignes imprim\u00e9es o\u00f9 je m\u2019ab\u00eemais. Une silhouette pass\u00e9e tr\u00e8s vite, pass\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e8s. Une ombre, pas m\u00eame entrevue, mais une certitude, c\u2019\u00e9tait toi.<br \/>\nCinq euros balanc\u00e9s sur la table, gardez la monnaie. Maupassant remball\u00e9, la table qui valse, la m\u00e9m\u00e9 assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 qui braille.<br \/>\nPardon madame, mais c\u2019est une urgence.<br \/>\nJe me suis mise \u00e0 courir, en cherchant dans l\u2019air les atomes d\u2019orange. Une rue en courant, virage \u00e0 gauche sur les pav\u00e9s disjoints.<br \/>\nOn dirait une carte postale, de Corse ou de Toscane. Le soleil est l\u00e0, entre les deux rang\u00e9es d\u2019immeubles, et les nuages gris essaient de le gommer.<br \/>\nA contre jour, je te vois remonter la rue, et je te suis.<\/p>\n<p>J\u2019ai ralenti la course, je marche presque tranquillement.<br \/>\nJe t\u2019observe, je te hume.<br \/>\nLes effluves d\u2019agrume\u00a0 fouillent ma m\u00e9moire.<br \/>\nJe me souviens de toi, et de nos nuits \u00e0 deux, et des matins au lit.<br \/>\nJe me rappelle les ballades dans Paris, les vir\u00e9es \u00e0 moto, les d\u00e9parts impr\u00e9vus.<br \/>\nEt puis ton parfum, ce parfum ensoleill\u00e9, qui faisait de ta peau une gourmandise.<br \/>\nIl y avait, au creux de ton \u00e9paule, une odeur de fleur d\u2019anis, et moi, je m\u2019en impr\u00e9gnais, quand je t\u2019embrassais l\u00e0.<\/p>\n<p>Je me rappelle comme j\u2019aimais me pr\u00e9cipiter dans la salle de bain d\u00e8s que tu en sortais. Tu t\u2019aspergeais de parfum, et quand tu posais la bouteille carr\u00e9e, \u00e7a faisait un grand clac. Tu disais\u00a0 que le verre du flacon contre l\u2019\u00e9mail du lavabo faisait le bruit d\u2019un baiser, et tu sortais tr\u00e8s vite.<br \/>\nMoi je prenais alors une douche \u00e0 l\u2019orange, qui avait l\u2019odeur de ton odeur. A contre jour, je te vois remonter la rue, et je te suis.<\/p>\n<p>Je me rappelle ton rire bruyant et tes yeux verts, tes cheveux boucl\u00e9s et ta peau curieusement abricot. Je me souviens que tu m\u2019expliquais des choses, et que tu n\u2019\u00e9coutais rien.<br \/>\nLes journ\u00e9es \u00e9taient belles, et les nuits plus encore, quand elles sentaient le parfum pour homme.<br \/>\nJ\u2019aimais ton parfum, et je t\u2019aimais toi.<br \/>\nA contre jour, je te vois remonter la rue, et je te suis.<br \/>\nTu ne m\u2019a pas vue, mais on dirait que tu fuis.<\/p>\n<p>Je me souviens des matins o\u00f9 tu partais. A Londres, \u00e0 Moscou, \u00e0 Berlin, c\u2019\u00e9tait le lundi. Quand tu n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0, c\u2019est moi qui m\u2019aspergeais dans la salle de bain, c\u2019est moi qui m\u2019inondais de ton odeur<strong>. <\/strong>J\u2019attendais que tu reviennes pour te rendre ton parfum. Tu retrouvais tes ar\u00f4mes, je les go\u00fbtais chaque fois, pour que tu sois \u00e0 nouveau mien.<br \/>\nJe me souviens du soir o\u00f9 tu n\u2019es pas rentr\u00e9, c\u2019\u00e9tait un vendredi. Je me suis mise \u00e0 attendre. Je me suis asperg\u00e9e, tous les matins dans la salle de bain, de ton parfum \u00e0 l\u2019orange, et j\u2019ai vid\u00e9 le flacon.<br \/>\nJe me rappelle des journ\u00e9es vides, des nuits charg\u00e9es seulement de l\u2019odeur de la solitude. Je me souviens des gouttes sal\u00e9es qui tombaient de mes yeux.<br \/>\nA contre jour, je te vois remonter la rue, et je te suis.<br \/>\nTu ne m\u2019as pas vue, mais on dirait que tu t\u2019enfuis.<\/p>\n<p>Le soleil est bas maintenant, moribond d\u00e9j\u00e0, et l\u2019air se charge en \u00e9lectricit\u00e9, le sol vomit sa chaleur.<br \/>\nTon image est brouill\u00e9e par les \u00e9thers urbains, mais je te sens, et je te suis.<br \/>\nJe me souviens de ton absence, de la souffrance animale, qui m\u2019a rendue sauvage.<br \/>\nAlors la rage monte en moi, comme le magma dans les crat\u00e8res volcaniques avant\u00a0 l\u2019\u00e9ruption.<br \/>\nA contre jour, je vois que tu atteins le bout de la rue, et je te suis.<\/p>\n<p>Je me remets \u00e0 courir.<br \/>\nA contre jour, je vois que tu tournes, au bout de la rue, et je te poursuis.<br \/>\nJe me souviens que tu es parti sans dire au revoir, et que tu m\u2019as bless\u00e9e \u00e0 mort.<br \/>\nJ\u2019ai envie de te hurler des mots, en pleine rue, alors je te poursuis.<br \/>\nEnfin je te rattrape, enfin je peux t\u2019atteindre. Tu te retournes d\u2019un coup et je me cogne \u00e0 ton \u00e9paule.<br \/>\nTon parfum m\u2019envahit, je l\u00e8ve les yeux vers ton visage.<br \/>\nEt l\u2019inconnu me demande\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0tout va bien mademoiselle, vous ne vous \u00eates pas fait mal\u00a0?\u00a0\u00bb. Et moi je dis non, \u00e0 cet homme. Cet homme que je ne connais pas, qui porte ton parfum.<\/p>\n<p>Sign\u00e9 : Klochette\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un samedi, au mois de juillet. Le soleil avait pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 faire cuire la ville, qui d\u00e9gageait sur la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi une odeur de sable, et de pneu surchauff\u00e9. 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