{"id":124732,"date":"2008-09-03T08:19:54","date_gmt":"2008-09-03T06:19:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.monblogdefille.com\/blog\/20080903il-a-suffit-dune-nuit-pour-que-tout-bascule-par-kanarde"},"modified":"2009-01-18T15:34:53","modified_gmt":"2009-01-18T14:34:53","slug":"il-a-suffit-dune-nuit-pour-que-tout-bascule-par-kanarde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.monblogdefille.com\/blog\/il-a-suffit-dune-nuit-pour-que-tout-bascule-par-kanarde\/","title":{"rendered":"Il a suffit d&rsquo;une nuit pour que tout bascule, par Kanarde"},"content":{"rendered":"<p class=\"NormalWeb1\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.monblogdefille.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2008\/03\/tanjore_ecolieres.jpg\" alt=\"tanjore_ecolieres.jpg\" align=\"left\" \/><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Arial\">\u00ab\u00a0Une nuit. Une nuit comme les autres, du moins c&rsquo;est ce que l&rsquo;on croit.<br \/>\nExtirp\u00e9e de mon sommeil par un bruit sourd, je m&rsquo;\u00e9veille en sursaut, d\u00e9sorient\u00e9e. La lumi\u00e8re de la pi\u00e8ce voisine est allum\u00e9e, quelqu&rsquo;un crie. Mon p\u00e8re sans aucun doute. Je n&rsquo;ai aucune id\u00e9e de ce qu&rsquo;il se passe, seule la panique occupe mon esprit. J&rsquo;ai d&rsquo;abord cru \u00e0 un cambriolage, mais non, une intime conviction me disait qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;autre chose. Seul le temps allait me donner cette r\u00e9ponse qui m&rsquo;effrayait d\u00e9j\u00e0.<br \/>\nUne lumi\u00e8re bleue et clignotante venue de l&rsquo;ext\u00e9rieur envahit ma chambre. Un gyrophare, l&rsquo;ambulance. Mais la sir\u00e8ne ne retentit pas, pour ne pas r\u00e9veiller le quartier j&rsquo;imagine. Aurais-je d\u00e9j\u00e0 du y voir un signe, qui me disait qu&rsquo;il \u00e9tait de toute fa\u00e7on trop tard ?<br \/>\nJe ne savais toujours pas ce qu&rsquo;il se passait. Recroquevill\u00e9e dans un coin de mon lit, j&rsquo;\u00e9tais t\u00e9tanis\u00e9e. Les larmes coulaient lentement, je respirais avec difficult\u00e9, sous l&rsquo;assaut de questions qui me torturaient l&rsquo;esprit. J&rsquo;entends les ambulanciers entrer,\u00a0se demandant o\u00f9 aller. Mon esprit me pousse \u00e0 descendre et \u00e0 les guider, mais mon corps refuse de bouger. Ils finissent par monter et se diriger vers la salle de bain. Mon fr\u00e8re est pr\u00e9sent. C&rsquo;est donc ma m\u00e8re qui est en danger. Cette pens\u00e9e m&rsquo;horrifie, mais un incontr\u00f4lable leitmotiv passe en boucle \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est rien, on va me la rendre, ce n&rsquo;est rien\u00a0\u00bb. Le bruit des machines r\u00e9sonne, leurs voix aussi. Et les minutes passent, inlassablement.<br \/>\nOn ne peut pas d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9tat dans lequel on se trouve dans des moments pareils. <\/span><\/p>\n<p class=\"NormalWeb1\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Arial\">Et puis soudain, tout se calme. Les machines s&rsquo;arr\u00eatent, ils rangent leurs affaires. Tout me semble r\u00e9gl\u00e9, elle va bien et je vais pouvoir la serrer dans mes bras. Enfin, c&rsquo;est ce que je croyais.Ils s&rsquo;en vont. Sans elle. Elle va donc bien, me dis-je une fois de plus. Mon p\u00e8re les suit, ferme derri\u00e8re eux et remonte. Mon corps rel\u00e2che son \u00e9treinte douloureuse et je sors sur le palier. Je tente de parler. \u00ab\u00a0Que se passe-t-il ?!\u00a0\u00bb A quoi bon, la r\u00e9ponse, je la connaissais d\u00e9j\u00e0&#8230; Il me pousse \u00e0 rentrer dans ma chambre. \u00ab\u00a0Assieds-toi.\u00a0\u00bb Deux mots. Deux mots qui veulent tout dire.<br \/>\nJe m&rsquo;effondre. Je ne comprends pas, ne r\u00e9alise pas. J&rsquo;ai pleur\u00e9, longtemps, avant de tomber d&rsquo;\u00e9puisement quelques heures plus tard. Le soleil me r\u00e9veille doucement. On se dit que c&rsquo;est une belle journ\u00e9e, qu&rsquo;on a mal dormi, \u00e0 cause d&rsquo;un cauchemar s\u00fbrement. Et puis la r\u00e9alit\u00e9 nous rattrape, nous tombe dessus. C&rsquo;\u00e9tait bel et bien r\u00e9el. Des larmes, \u00e0 nouveau. <\/span>\n<\/p>\n<p class=\"NormalWeb1\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Arial\">Des appels, des mots de soutien, mais rien n&rsquo;y fait. Des gens viennent, pleurent. L&rsquo;impression qu&rsquo;ils ne peuvent pas comprendre, on se sent seul, d\u00e9sempar\u00e9. Vient le moment du fun\u00e9rarium. Les gens sont nombreux dehors. Le soleil brille, tout le monde parle. On ne se rend pas compte. Et puis la porte s&rsquo;ouvre, mais on a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venus, le cercueil est ouvert. Le couperet tombe. La r\u00e9alit\u00e9 ne nous laisse pas d&rsquo;\u00e9chappatoire. On tente de la fuir mais elle finit toujours par nous rattraper. Je ne tiens pas longtemps, je ne peux pas. Trois jours interminables. Ma main effleure le bois, le coeur serr\u00e9, les joues humides. Je murmure quelques mots et sors. Les gens sont nombreux, encore. L&rsquo;enterrement arrive \u00e0 son tour. L&rsquo;\u00e9glise est bond\u00e9e, l&rsquo;ambiance est lourde, douloureuse. On sort, on suit le cort\u00e8ge. Le cercueil est l\u00e0, pr\u00eat \u00e0 \u00eatre enfoui \u00e0 jamais. Je pose une fleur dessus et m&rsquo;effondre une fois de plus. Jamais je n&rsquo;avais imagin\u00e9 vivre \u00e7a si t\u00f4t. Et l\u00e0, on remonte le temps et on se souvient des derniers mots prononc\u00e9s. \u00ab Bonne nuit, \u00e0 demain \u00bb\u00a0Qui aurait pens\u00e9 \u00e0 la possibilit\u00e9 que ce demain n&rsquo;existe pas ?<\/span><\/p>\n<p class=\"NormalWeb1\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Arial\">Pas moi, en tout cas.\u00a0Les jours, les mois passent. Il y a toujours des larmes, toujours ces terribles images grav\u00e9es \u00e0 jamais. Ces sons qui vous retournent le coeur lorsqu&rsquo;ils vous reviennent \u00e0 l&rsquo;esprit.<br \/>\nEt le manque. Le vide. Cette b\u00eate qui vous tue de l&rsquo;int\u00e9rieur mais dont on ne doit montrer les traces de peur de se faire coller l&rsquo;\u00e9tiquette de la fille d\u00e9pressive.\u00a0Alors on sourit en fa\u00e7ade, mais une fois seule ce sourire s&rsquo;envole, aussi fragile qu&rsquo;un p\u00e9tale de coquelicot au vent. Et on ne r\u00e9alise toujours pas. Les m\u00eames r\u00e9flexes, les \u00ab\u00a0M&rsquo;man ?\u00a0\u00bb qui s&rsquo;\u00e9chappent par maladresse, le couvert en trop \u00e0 table. On s&rsquo;attend chaque jour \u00e0 ce qu&rsquo;elle rentre \u00e0 la maison. <\/span>\n<\/p>\n<p class=\"NormalWeb1\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Arial\">Puis d&rsquo;un coup, on r\u00e9alise. Elle ne reviendra jamais. La descente est rapide et rude, mais la remont\u00e9e. On avance, on tr\u00e9buche puis on retombe plus bas encore. On pense s&rsquo;accrocher \u00e0 une branche mais elle c\u00e8de sous le poids de la tristesse. Les chutes sont douloureuses, elles laissent des marques plus profondes \u00e0 chaque fois. Le temps ne gu\u00e9rit pas les blessures, il les att\u00e9nue\u00a0seulement. Mais elles sont pr\u00eates \u00e0 se r\u00e9ouvrir \u00e0 chaque instant. Les failles sont fr\u00e9quentes. Une photo, un souvenir, parfois m\u00eame un simple mot et c&rsquo;est la rechute. Mais malgr\u00e9 tout on avance. On s&rsquo;arr\u00eate parfois en chemin pour regarder en arri\u00e8re et laisser quelques larmes tomber au sol, se dire que plus rien ne sera jamais pareil et que seules nos paroles pourront prouver \u00e0 nos enfants combien elle \u00e9tait extraordinaire, et puis on avance \u00e0 nouveau. Un pas apr\u00e8s l&rsquo;autre, et les jours passent. Il faut apprendre \u00e0 vivre avec. Ou plut\u00f4t sans\u2026<\/span><\/p>\n<p class=\"NormalWeb1\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Arial\">Sign\u00e9\u00a0: Kanarde\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Une nuit. Une nuit comme les autres, du moins c&rsquo;est ce que l&rsquo;on croit. Extirp\u00e9e de mon sommeil par un bruit sourd, je m&rsquo;\u00e9veille en sursaut, d\u00e9sorient\u00e9e. 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