Tu es seulement passée de l’autre côté, par Ju’

3 mars 2010

o-toi-lectrice

« J’habite depuis toujours dans un petit village tout tranquille, des fois trop, dans le Languedoc-Roussillon, plus précisément dans l’Aude, dans le secteur de Carcassonne. Je vis avec mes deux parents et mon préadolescent de frère. J’ai tout pour être heureuse, à tous les niveaux, vraiment. J’avoue qu’avant « ça » je ne le réalisais pas forcément.

Je vais expliquer ce qu’est le « ça ».

Ca s’est passé le lundi 26 novembre 2007 à 10h. Je sortais d’EPS, quand mon professeur nous a informé que les filles de la classe et moi étions convoquées chez la Principale. A ce moment-là, nous avions bien ri, on se demandait ce qu’on avait encore pu faire.
Le rire n’allait pas durer.
On nous a appris que P. était décédée le 24 novembre.

Je me souviens du choc, immense, insurmontable.
Je revois chacun de mes mouvements, la stupeur me fige, je met ma main devant ma bouche, les larmes coulent, je me retourne et je vois que je suis la seule à pleurer. Je me laisse choir sur une chaise et pleure ouvertement.
Je pense qu’il en faut toujours un pour commencer à pleurer car deux minutes après tout le monde pleurait autour de moi.
Ce fut la journée la plus horrible de ma vie.

Mais je vais vous parler un peu de P. afin que vous compreniez la véritable peine qui s’est emparée de moi.
Nous avions le même âge, mais je ne l’avait pas vu depuis le mois de juin, la fin de l’année scolaire. En effet, elle avait changé de collège et je n’avais pas eu l’occasion de la revoir depuis.
Or, c’était une très bonne amie, nous passions beaucoup de temps ensemble. C’était une jeune portugaise, qui avait une grande soeur et deux petits frères.
Elle avait des conditions de vie déplorables, surtout comparées aux miennes. Sa famille était aidé par C. une femme généreuse et merveilleuse.
P. se battait pour sauver sa famille et avait d’énormes ambitions pour son avenir. Le temps qu’elle ne passait pas à aider sa mère, elle l’utilisait pour bosser ses cours, encore et encore. Sa vie était loin d’être heureuse et pourtant, je crois que c’est elle qui souriait le plus.

Sa mort a été un déclic pour moi. Mais bien plus tard. Au début, je ne pensais qu’à ma propre douleur, agissant en égoïste.
A ses obsèques, une amie à elle que je ne connaissais pas à dit :  » Je sais qu’elle aurait été fière d’avoir son brevet « , ça m’a fait verser des larmes quand je l’ai eu mon brevet.
J’ai mis du temps à faire mon deuil, je ne sais même pas si je l’ai fait au jour d’aujourd’hui, cela fait pourtant plus de deux ans.
Je me revois à l’enterrement, je n’arrivais pas à réaliser que c’était elle qui était dans ce cercueil, que c’était elle qui descendait, qu’on était en train de la mettre en terre. Je tremblais tellement j’avais peur, je sanglotais tellement j’étais malheureuse.
Toutes ces nuits où j’éclatais en larmes.
Encore aujourd’hui en écrivant ces mots et pas plus tard que la nuit dernière en pensant à elle.

Chaque fois que je me plains d’une situation, je pense à elle, et je me force à prendre sur moi, elle aurait aimé vivre ça, même si c’est pas que du bonheur, elle vivrait !
On ne réalise pas la chance qu’on a de vivre avant de voir quelqu’un que l’on aime la perdre, la vie.
Je pense qu’elle veille sur moi, en tout cas je l’espère et je me sens obligée de lui rendre l’hommage qu’elle mérite.
Depuis son décès, je me prend à rêver d’un lieu où je la retrouverais à ma mort.

A l’ « officialisation » de sa mort au collège, il y a des choses que je n’ai pas apprécié comme des gens qui ne l’a connaissaient pas, qui tout à coup devenaient ses meilleurs amis. Ca blesse, de voir ces mauvaises personnes s’approprier la mort de quelqu’un pour leur propre folklore.
Mais c’était il y a longtemps, je suis passé au dessus de ça.
J’espère que je n’oublierais jamais cette douleur, cette injustice que je ressens, pour ne pas oublier la chance énorme que j’ai.
Comme on dit, ce sont les meilleurs qui partent en premier. »

Signé : Ju' »

25 commentaires Laisser un commentaire
Ô toi, lectrice !

Vous aimerez aussi

25 commentaires

  • #1 Titcheur le 3 mars 2010 à 10 h 33 min

    Ton texte me touche beaucoup. Le décès d’un proche, surtout lorsqu’il est aussi prématuré et injuste, provoque toujours un bouleversement. J’admire ta faculté à en retirer une philosophie de vie que je trouve très positive et je crois que tu as raison.
    Se plaindre de ses petits soucis ne sert à rien, et si tu trouves dans le souvenir de ton amie la force d’aller de l’avant, tu n’en seras que plus forte dans ta vie.
    Garde ce souvenir d’elle avec toi et profite de la vie pour elle!

  • #2 Pazuline le 3 mars 2010 à 10 h 36 min

    très touchante ton histoire…
    mais peut-être n’es-tu pas obligée de vouloir garder cette douleur pour ne pas oublier ton amie! Je sais, c’est difficile, mais mieux vaut se souvenir des bons moments que de s’attrister systématiquement à chaque fois que tu penses à elle… non?
    bon courage en tout cas…

  • #3 AuReLiTiLyenne le 3 mars 2010 à 11 h 29 min

    « On ne réalise pas la chance qu’on a de vivre avant de voir quelqu’un que l’on aime la perdre, la vie. »
    => Tu as tellement raison… C’est à cette pensée que je me raccroche quand, par moments encore, alors que du temps s’est écoulé, l’absence de mon G. est plus forte que l’envie de vivre. Il est parti alors qu’il dévorait cette put*** de vie qui peut faire autant de bien que de mal. Accepter la douleur, mais aussi le Bonheur lorsqu’il se présente, même par petites touches, est le meilleur moyen d’avancer. Avec soi, et surtout avec les Autres.

    Je t’envoie des pensées, du courage, de la force et toujours autant de foi en la vie!

  • #4 Virginie – Québec le 3 mars 2010 à 13 h 15 min

    La vie est très mince, on le réalise souvent quand on est confronter à la mort, la mort d’un proche qui est jeune est souvent encore plus troublant, car cette personne avait encore toute sa vie devant elle.

    Je travaille dans un collège, les jeunes ont entre 17 et 23 ans et ils ne réalisent pas toujours que la mort se tient si proche.

    Courage à toi, chaque mort apporte du bon dans la vie de ceux qui vivent leur deuil. Bonne Chance.

  • #5 Mah-Yu le 3 mars 2010 à 13 h 47 min

    Confrontée au deuil de façon précoce et répétée, j’ai trouvé dans une phrase de Khalil Gibran (dans « Le Prophète »), sinon du réconfort, du moins un sorte d’amorce dans ma recherche d’un rapport serein à la perte de ceux qu’on aime. Je la partage donc avec toi aujourd’hui, au cas où:

    « The deeper that sorrow carves into your being, the more joy you can contain » (Plus le chagrin creuse profondément dans ton être, plus tu peux contenir de joie).

    Certains n’aiment pas cette formulation car ils l’entendent comme « ceux qui ont beaucoup souffert atteignent un plus grand bonheur que ceux qui n’ont jamais souffert », mais moi je le ressens autrement.

    Le trou béant que la disparition de ceux que j’aime à laissé dans mon être, ce n’est pas un arrachement anonyme, c’est véritablement une persistance de la place qu’ils avaient dans ma vie. Et dans tout cet espace de sentiment et de ressenti qu’ils ont laissé en moi, la vie m’offre la possibilité de mettre des émotions, de la joie, du bonheur, qui ne sont pas eux, mais que leur absence « colore » de loin, car je sais très bien que je ne les vivrais pas de la même façon sans le chagrin de la perte.

    Quelles que soient nos convictions sur « l’après », une chose est certaine: la mort, sur le plan relationnel, c’est vraiment la seule chose à laquelle on ne peut rien changer. Tout ce qui nous reste quand quelqu’un meurt, c’est notre vie à nous, et j’aime penser que ce qui reste de nous après la mort, c’est justement la vie de ceux que nous aimons.

    Je ne sais pas si ça te parle, j’espère en tous cas que tu sauras garder le souvenir de ton amie sans la douleur que tu ressens aujourd’hui.

  • #6 Insane le 3 mars 2010 à 15 h 16 min

    Bonjour Ju’, bonjour les filles,
    Pour ma part, j’ai cette chance de n’avoir encore jamais perdu un(e) proche. Alors bien sûr quand je me mets à y penser cela me terrifie – tout en ayant cette pensée paradoxale « je serais forte ». La vérité c’est que l’on ne sait rien avant d’y être confronté.
    Merci de partager ce texte avec nous. En espérant que ta peine s’apaise avec le temps.

  • #7 schtroumpfette le 3 mars 2010 à 16 h 04 min

    Un jet setter devenu tetra plegique a dit un jour, je suis plus qu’en vie, je suis vivant.

    Toi aussi tu es vivante, profites de la vie……..

  • #8 Mannick le 3 mars 2010 à 16 h 12 min

    Ju’ ton histoire m’a renvoyée des années en arrière… tout comme toi j’ai perdu une amie de lycée, elle avait 17 ans, on l’a retrouvée morte dans son bain, un accident bête, une électrocution, j’avais le même âge, nous avions toutes le même âge, nous étions toutes internes, nous l’aimions toutes beaucoup, discrète, douée, souriante, une amie toute en gentillesse, cela a été terrible…

    J’ai mis du temps à reprendre le dessus, mais je n’avais que 17 ans, et à cette époque, j’ignorais encore tout ou presque de la vie d’adulte, j’étais encore une presque petite fille. Les années ont passées et cette amie de classe, d’internat, est restée quelque part en moi, je le sais… pourtant il fallait continuer, à 17 ans, tu te dis que c’est injuste, elle n’avait même pas commencé sa vie de femme…

    Pourtant, les années se sont empilées, comme des strates, comme des couches, et mon amie de classe (que je n’oublierai jamais) est quelque part dans ces limbes, un ange peut-être qui veille sur ses amies devenues quinquas. L’âge qu’elle aurait aujourd’hui.

    Hélas, hélas, 20 ans après, pour mes 37 ans donc, quelque chose d’encore pire est arrivé. J’avais une amie, presque une soeur, mon double, mon « deuxième poumon », mon second coeur, une femme extraordinaire, mère de trois enfants, un boulot extra d’anesthésiste, un mari ophtalmo, bref, bien dans sa vie. Nous étions inséparables, nous faisions tout ensemble, nos enfants ont été dans les mêmes écoles, on se confiait tout, trucs de filles, secrets plus graves, nos problèmes avec nos gamins ados parfois, nos petits soucis de couple, familiaux, bref, elle irradiait et en plus elle irradiait sur ma vie à moi aussi, elle me rendait plus forte.

    Elle et son mari était en cours d’adoption d’une petite fille sud-américaine, elle avait passé 6 mois avec cette petite et devait la ramener en France. De plus, un matin, elle m’a appelé toute excitée, elle attendait un bébé pour le mois de juillet, inespéré, (oui elle et son mari aimaient les familles nombreuses, c’est courant chez les médecins j’ai remarqué) bref, tout allait à merveille…

    Un mardi matin, elle m’appelle, me disant qu’elle va fêter sa grossesse et son anniversaire de mariage au restaurant avec son conjoint. Le lendemain, elle me raconte tout comme à notre habitude, elle resplendissait de bonheur, riait, elle était tellement belle en plus. Ses enfants l’adoraient, elle était le soleil dans la vie de plein de gens.

    Le jeudi, à midi, encore un coup de fil, (ce sera le dernier mais je ne le savais pas encore), me demandant si je veux venir avec elle en ville, courir les boutiques pour nous, mais surtout pour le futur bébé qui va arriver et la petite fille adoptée qui devait arriver aussi. J’étais un peu patraque ce jour-là, j’ai décliné son invitation. Elle est partie faire le shopping toute seule, avec son petit bébé dans son ventre, un petit garçon (dixit l’échographie) qu’elle voulait appeler Hugo.

    Le soir, nouveau coup de fil, son mari cette fois, quand on entend ce genre de phrase, je suis d’accord avec toi Ju’ on a l’impression que c’est un mauvais rêve, que ça va s’arrêter, mais non, ça continue et ne s’arrête plus jamais ou presque.

    Son mari qui me demande si je peux aller récupérer les trois enfants à l’école en plus des miens, parce que (nous l’appelerons C.) C. donc a trouvé la mort dans un accident de la route en partant faire le shopping en question, un camion lancé à toute vitesse, un chauffeur qui perd le contrôle de son poids lourd et qui fonce droit dans la voiture de C., tuée sur le coup (enfin çà c’est ce qu’on a dit, et je préfère croire çà) avec le bébé dans son ventre…

    Récupérer les enfants de C., qui demandent où est maman, où est papa, attendre que le papa revienne de l’hôpital tard le soir, effondré, pour leur annoncer la nouvelle dans la chambre de mon fils ainé, entendre les hurlements et les cris de ces trois enfants, si jeunes, elle les aimait tant les enfants, les siens et ceux des autres… ces hurlements d’enfants qui ne me quitteront plus jamais.

    Si je raconte tout ça Ju’ c’est pour te dire que oui j’ai eu beaucoup de peine quand mon amie de lycée est décédée à 17 ans, du chagrin et puis les années ont passé dessus, ce que j’ignorais alors, c’est que 20 ans plus tard, je vivrai ce cauchemar mais multiplié par 1 million au niveau de l’intensité.

    C., elle est dans ma vie, dans mon coeur, dans le coeur de ses enfants qui sont grands maintenant, dans le coeur de son mari, elle reste pour moi mon véritable ange gardien, elle ne me quitte jamais et s’il m’arrive d’aller mal parfois, c’est à elle que je pense, à son bébé qui n’a jamais vu le jour, à la petite fille qui n’est jamais arrivée du Brésil pour cause de décès de sa maman adoptive, à ses enfants que j’aime, tiens elle serait grand-mère aujourd’hui… d’un adorable petit garçon…

    C. restera à jamais vivante et tout comme toi, j’ai compris que l’important c’est de profiter du jour présent, du moindre moment, de la moindre petite chose qui vous apporte du bonheur, elle me l’aurait dit, et quand je pense que j’aurais pu être à ses côtés dans la voiture, je mets encore plus à profit toutes ces petites choses… parce qu’un rien désormais me rend heureuse et je le lui dois.

    Je suis d’accord avec les filles, ton amie restera toujours en toi, mais toi tu dois continuer à vivre, à penser à l’avenir et à profiter du jour présent. Tu sais j’ai 51 ans, je peux affirmer que les années de jeunesse, il faut les remplir le plus possible de positif, car certains n’en ont pas eu la chance, ni le temps. Ton témoignage m’a chamboulée Ju’, vraiment.

    Je ne sais pas si tu connais la chanson qui s’appelle « Partis avant d’avoir tout dit », elle illustre bien ton témoignage et le sujet du jour… un sujet triste mais qui nous dit combien la vie est fragile, d’où l’intérêt de profiter de la moindre broutille, et surtout de lire Hélène par exemple chaque jour, un petit bonheur du jour quotidien… et des tas d’autres choses, le printemps qui arrive, les perce-neige qui montrent leur nez, le soleil qui commence à arriver, (après une terrible tempête) etc…

    CARPE DIEM Ju’ et merci de ton témoignage. Pardon Hélène de ce bien trop long comm, tu peux le retirer si c’est trop long ou trop hors sujet, je comprendrai fort bien, j’ai toujours du mal à faire court ;-)

  • #9 Milie le 3 mars 2010 à 16 h 54 min

    Salut Ju’,
    Comme les autres filles, je te dirais juste « courage »… Ton texte me bouleverse car il me renvoie à mes propres souvenirs…
    J’avais 13 ans et j’étais au cours de latin quand un éducateur est venu me dire que ma maman m’attendait dans le bureau des « pions ». J’étais stressée à l’idée d’avoir fait un bêtise et je cherchais en vain ce qui pouvait justifier qu’on m’appelle en plein cours…
    Ma maman, mon oncle qui m’annonce juste que mon papa a eu un accident. J’ai même pas eu besoin d’entendre qu’il était mort, j’avais compris. Je vois ma sœur arriver 5 min après moi… On ne lui a rien dit, elle a compris toute seule.
    Rien que d’y penser, j’en pleure encore… (et j’ai l’air stupide dans mon bureau)
    Il faut beaucoup d’eau sur les ponts pour arriver à trouver à ce genre d’événement des aspects positifs. Mais les filles viennent déjà de te le dire: profite de la vie! Pour elle, pour toi, parce qu’on en a qu’une seule.
    Fais de chaque jour un jour unique et intense…

    Je t’embrasse

  • #10 Eleanor Rigby le 3 mars 2010 à 16 h 56 min

    Chère Ju,
    comme beaucoup d’autres sans doute, ton témoignage me touche, m’émeut, me ramène toute une foule de souvenirs, de tous ceux que j’aimais qui sont partis vite ou lentement, de façon subite ou prévisible.
    Premier deuil j’ai 15 ans, mon ami E, même classe, même âge, je le connais depuis deux ans. On plaisante à la récré à 15h30, le soir en rentrant du collège, il se tire une balle dans la bouche, je l’apprendrai le surlendemain.
    Premieres larmes. Premières interrogations sans fin. Colère, rage, chagrin, incompréhension. En pleine adolescence. Je jette ma colère et mon chagrin à la tête de tout le monde dans l’espoir que quelqu’un m’en débarrassera. Encore des trace d’enfance, ce côté pensée magique, alors que le deuil c’est d’avancer au jour le jour. Et heureusement, j’avance.
    Et puis j’ai 20 ans, et mon meilleure ami, mon presque frère, tombe malade. Leucémie lymphoblastique. Je me revois encore prendre rendez-vous chez mon généraliste, avec ces mots que je n’arrive pas à intégrer, pour savoir si c’est grave, si ça se soigne, si on a une chance. « On » : moi, lui, c’est pareil.
    S’en suivent deux années de bataille. Lui qui lutte et tâche de faire bonne figure, même quand le liquide vert fluo qu’on lui injecte en perf a plus l’air d’un poison que d’un médicament. Moi qui fait l’andouille, invente tous les stratagèmes possible pour qu’il garde le moral, qui détourne la blouse, le masque, les chaussons que je dois porter pour aller le voir en déguisement de poule… moi qui tâche de faire bonne figure, et qui chaque fois que j’ai tourné au coin du couloir cours de toute mes forces jusqu’à la chapelle de l’hôpital pour pleurer en cachette.
    Et puis au bout de deux ans, un rhume de rien qui se transforme en pneumonie l’emporte en deux jours.
    C’était il y a 7 ans.
    Le temps passe. Le chagrin c’est un peu comme la mer, le flux et le reflux. Au début on est comme emporté par une lame de fond. On se débat, on étouffe, on a l’impression qu’on va se noyer. Et puis, petit à petit ça se tasse. La vie reprend le dessus. On va mieux, on va même bien, et puis parfois dans les petits rien du quotidien, la vague nous submerge à nouveau. Moins fort, moins haut, une parenthèse de larmes salées.
    Le deuil, c’est accepter ces moments, savoir que la douleur frappera de nouveau, soudainement, parce qu’une musique, une odeur, un petit rien nous rappellera cette absence qui est comme une présence en creux. Faire son deuil, c’est aussi d’accepter qu’entre ces moments on avance, on vit, on rit, on est heureux, ou en tout cas on essaie : beaucoup pour soi, un peu pour eux aussi.
    Je t’embrasse fort.

  • #11 Turquoise le 3 mars 2010 à 17 h 39 min

    Oh, Ju’, que ton texte est émouvant ! pendant ma carrière de prof, j’ai vu mourir trois ados : l’une, belle, intelligente, douée, écrasée par un camion … l’autre, un jeune Africain emporté par une maladie ramenée de là-bas ; je porte encore le bracelet de cuivre qu’il m’avait ramené de son pays et offert avec un sourire éclatant ; le troisième, à la veille de se fiancer, dans un de ces accidents de voiture du samedi soir qui font tant de ravages …chaque fois, c’était le même sentiment de gâchis, d’injustice, de révolte …

    Et puis j’ai perdu cet hiver une fille avec qui j’avais sympathisé sur ce blog , où elle venait régulièrement ; nous nous écrivions beaucoup, échangions des photos, des conseils de lecture, des recettes, bavardions de tout et de rien … elle avait une générosité, un humour extraordinaires … je ne l’ai jamais rencontrée « en vrai », mais elle était devenue une amie très proche .Hélas, une série de malheurs l’a anéantie, et elle a choisi de nous quitter, un soir de cafard, à un moment où elle n’avait plus accès à ses mails à cause d’une panne de numéricable qui a duré huit jours . Depuis, je me dis que j’aurais peut-être pu l’aider sans cette panne …

    Mah-Yu: la phrase de Gibran m’a aidée, moi aussi … et celle d’une maman qui expliquait à son fils la mort de sa grand’mère :  » tu sais, c’est comme quand tu mets un morceau de sucre dans le café … tu ne le vois plus, mais il est toujours là, c’est lui qui rend le café moins amer … eh bien, quand quelqu’un meurt, c’est pareil, chaque fois qu’on y pense son souvenir adoucira ta

  • #12 Turquoise le 3 mars 2010 à 17 h 44 min

    … zut, fausse manoeuvre, excusez-moi … « adoucira ta vie … »AuReLiTiLyenne: Mannick: Milie: Eleanor Rigby: je vous embrasse …

  • #13 AuReLiTiLyenne le 3 mars 2010 à 18 h 02 min

    @Turquoise: Merci pour cette jolie phrase qui vient d’édulcorer ma journée! Je t’embrasse pareillement*

  • #14 Tin Hinan le 3 mars 2010 à 18 h 05 min

    Eleanor Rigby: tu m’as tiré quelques larmes en plein open space. Tu décris ce que je ressens, sauf que je n’ai pas ta sérénité et que je vis dans l’angoisse de perdre à nouveau un être cher.
    Avec le temps, peut-être…

  • #15 Mannick le 3 mars 2010 à 18 h 12 min

    Eleanor Rigby:

    Toutes ces histoires suite au billet de Ju’ qui revivent et qui nous rappellent tous ceux qui nous ont quitté, çà me bouleverse, vos histoires sont poignantes les filles vraiment, je découvre par exemple que ton Histoire Eleanor Rigby, me ramène à mon petit frère qui a eu lui aussi un cancer à 25 ans, même genre, je vais pas faire de détail, en phase quasi terminale, on s’est tous resserrés autour de lui, de sa compagne, il s’est battu comme un lion et au final, ils nous l’ont sauvé !!! Aujourd’hui marié et père de deux enfants… avec hélas parfois toujours la crainte, mais oui il faut qu’on avance, toutes et tous, c’est pas facile non, mais pourtant il le faut et moi je dis que çà en vaut la peine parce que c’est pour la vie, et la vie c’est sacré !
    Hélène je te remercie, je voulais te dire que j’adore ton blog, parce que on peut tout y trouver, l’amitié, la complicité, l’humour, la joie de vivre, l’émotion comme aujourd’hui, des trucs de femmes et de filles, c’est génial, je sais pas si il y a un top des blogs, mais sans « fayotage » aucun, c’est le tien que je viens voir chaque jour, parce que justement, ton blog c’est tout ce qui fait la vie !
    Ju’ et toutes, merci de vos histoires si touchantes !

  • #16 Ceseraaudreyetpuisc’esttout le 3 mars 2010 à 18 h 39 min

    Ton texte et les commentaires qui suivent sont très émouvants, trop.Des souvenirs pas très heureux remontent à la surface, mais sans l’envie d’en parler davantage. Eleanor Rigby: Turquoise:merci de vos témoignages, je crois qu’ils m’ont faite avancer^^

  • #17 calypso le 3 mars 2010 à 19 h 07 min

    je suis tout à fait d’accord avec toi, quand il y a une mort dans un grand lieu comme ça ( je suis prof en lycée) certains s’approprient cette mort pour se rendre intéressant et dénature la tristesse réelle des autres. Nous venons de perdre une collègue, j’ai sans doute choqué des gens parce que je n’ai pas pleuré et que je pense qu’il vaut mieux maintenant qu’à la fin d’une thérapie ( chimio) qui n’aurait servi à rien. J’ai eu plus de peine en lisant la lettre de son mari qu’en apprenant sa mort car je me mets dans sa situation à lui. elle, je ne communiquais que très peu avec elle; cela m’a fait un choc car à la même époque je vous avais parlé de ma coloscopie ( j’ai rien au fait ! enfin pas un cancer mais autre chose). mais je n’ai pas pleuré car je n’avais pas de relation avec elle.
    la mort d’une très jeune personne est une abérration pour nlus, psychologiquement, c’est la fleur de l’âge; une élève est morte il y a trois ans en cours de sport. c’étyait terrible. tout le monde s’est rendu compte qu’il était mortel. entre la peine d’avoir perdu une amie proche, l’electrochoc renvoyant à sa propre mort, cette jeune fille n’est tout de même pas mort  » pour rien », elle a donné sens à la vie de ses amis. comme toi qui, aujourd’hui, me semble vivre pour deux.
    Alors continue à faire des choses bien, pour toi, pour elle, mais pour toi surtout, quand même. et ne contratir pas ta colère ne te refuse pas des insatisfations. la mort des autres donne peut-être le sens de sa propre vie mais c’est pas une raison pour ne plus avoir le droit de se plaindre; ça fait du bien, et ça aide à avancer! bisous

  • #18 Chantal le 3 mars 2010 à 19 h 16 min

    Ju’, ton texte est très émouvant et remue beaucoup de choses chez nous toutes comme les précédents témoignages l’illustrent. Je te dirais aussi de continuer à vivre en gardant son souvenir et tous vos moments partagés en toi, c’est ce que tu peux faire de mieux, elle t’accompagne, et surtout, vis pleinement cette vie qu’on gâche souvent pour des broutilles en pensant qu’on a le temps…il faut profiter de tous les petits bonheurs quotidiens qui réchauffent le cœur et ignorer tout ce qui plombe et alourdit bêtement!
    Turquoise: J’adore la comparaison avec le petit morceau de sucre, c’est tellement vrai et au moins ça parle à tout le monde!
    Mah-Yu: je ne connaissais pas cette phrase mais elle résonne bien en moi, je la ressens comme toi aussi

  • #19 Milie le 3 mars 2010 à 19 h 17 min

    Turquoise: Quelle belle explication. Je crois que je te la volerai quand je devrai expliquer la mort à mes nièces…

  • #20 La Fée Néante le 3 mars 2010 à 19 h 35 min

    Quelle émotion, je pense que l’on a du mal à réagir parce que ça nous touche trop profondemment.
    Je te souhaite beaucoup de bonheur, je pense souvent que les moments de bonheurs nous rapproche de ceux qui sont partis, c’est un clin d’oeil, une façon de dire ne t’en fait.
    Lorsque j’étais animatrices et que je voyais les petits pleurer à chaudes de larmes parce qu’ils aller quitter leurs copains et ne plus jamais les revoirs (evidemment ça n’est pas la meme chose je me rend compte) je leurs expliquais qu’ils ne seraient jamais vraiment loin d’eux puiqu’ils les emportaient avec eux dans leurs coeurs, et que personnes ne saurait être plus près d’eux puisqu’ils seraient dans leurs coeurs.
    Je me sens un peu bête de dire ça, mais ça les rassuraient et moi aussi (surtout moi en fait)
    Bon courage.

  • #21 Ju’ le 3 mars 2010 à 20 h 48 min

    Tous ces commentaires me touchent beaucoup, merci à toutes, et surtout merci à Hélène :). Ca fait du bien de se sentir moins seule, parce que c’est un sujet qu’on aborde rarement avec les gens.
    Je vous embrasse fort.

  • #22 Eleanor Rigby le 3 mars 2010 à 22 h 29 min

    @ Turquoise : merci pour cette belle image, celle du sucre dans le café, elle vient en effet d’adoucir ma vie en un instant. Je t’embrasse fort aussi.

    @ Mannick : je suis heureuse que ton frère s’en soit sorti. Heureusement, la vie nous fait parfois ce genre de cadeaux pour se racheter des vacheries qu’elle nous fait par ailleurs.

    @ Tin Hinan, je suis désolée de t’avoir fait pleurer. Parfois les mots (maux) des autres nous touchent profondément et nous ramènent à nos propres douleurs. Le billet d’aujourd’hui en est l’exemple.

    A vous toutes qui avez perdu un être cher et qui continuez à vivre et avancer malgré les larmes, je vous embrasse fort.
    Et milles mercis une fois de plus à Hélène pour ce lieu extraordinaire ou le grave et le futile se côtoient et qui permet de si jolies rencontres.

  • #23 Romanne le 4 mars 2010 à 1 h 16 min

    Je partage ta douleur, et malheureusement, il faut parfois traverser ce genre d’épreuve pour se rendre compte à quel point la vie est précieuse. On ne réalise pas toujours à quel point nos malheurs sont insignifiants face à nos richesses que d’autres n’ont pas.
    Signé : une carcassonnaise ;-)))

  • #24 Clarisse le 4 mars 2010 à 1 h 37 min

    Ju’: oui tu n’es pas seule à avoir vecu ce genre de chose. tu as voulu nous faire partager cette tragédie qui t’as marqué et crois moi j’ai vécu ce genre de chose en Août 2009.
    Pour ma part je ne souhaite pas l’écrire (les détails) car la douleur est encore là lorsque j’y repense. C’est encore trop « frais » pour moi et ce même après plusieures consultations chez un psychologue. Le fait que du jour au lendemain, après des fous rires, des « bonne soirée, à demain », un coup de fil en pleines soirées avec des amis et on vous annonce le décés de la personne que l’on a vu la veille. là le sourire qu’on avait pendant toute la soirée s’efface en une fraction de seconde. Toi B. qui m’a accueillit il y a 3 ans dans ce qu’on appelle « la grande famille », qui m’a épaulé, soutenue, avec qui je me confiais, toi qui m’a appris pleins de choses, toi qui était mon repère, saches que tu me manques!!
    Oui Ju’, c’est toujours les plus gentils qui partent les premiers et ça c’est vraiment injuste…certaines choses de la vie sont injustes!!

  • #25 clementine le 1 octobre 2012 à 0 h 55 min

    Seule devant mon ordinateur j’ai les larmes qui coulent …
    Tellement émouvant tous ces commentaires …

  • Laisser un Commentaire

    Les commentaires de ce blog sont modérés.